Comores 2016-2021

Par :

Dr Azhar Salim MOHAMED, MD/DES

Santé au Travail, Médecine Tropicale et Santé Internationale

Qu’est-ce que la peste ?

C’est une maladie infectieuse provoquée par une bactérie appelée Yersinia pestis qui, dans de rares cas, se transmet de l’animal à l’homme (zoonose). Elle a pour principal vecteur de transmission les puces et les poux parasitant des animaux infectés. Elle est transmise par les piqures de puces infectées, le contact direct avec des tissus infectés, et l’inhalation de gouttelettes respiratoires infectées. Les antibiotiques sont efficaces pour guérir de la peste, s’ils sont délivrés très tôt, car le délai d’incubation de la maladie est généralement rapide.

Historique et épidémiologie

La peste fait partie des maladies actuellement ré-émergentes dans le monde et elle est soumise à une réglementation internationale en raison des pandémies passées. Elle reste l’une des 3 maladies qui nécessite une mise en quarantaine et soumises aux règlements sanitaires internationaux (les autres étant le choléra et la fièvre jaune).

Trois (3) grandes pandémies ont été décrites :

  • La 1ère pandémie (peste de Justinien) : de 542 à 767 (VI et VIIème siècle) après Jésus-Christ et s’est étendue d’Afrique centrale au Littoral méditerranéen avec environ 40 millions de décès.
  • La 2ème pandémie (Peste Noire) est intervenue du XIV au XVIIIème siècle, elle causa plus de 50 millions de morts.
  • La 3ème pandémie a débuté en 1894 à Canton (Chine) pour s’étendre par bateau à Bombay en 1896, puis aux principales villes portuaires du monde entier.

La peste n’a pas disparu du globe. Près de 50 000 cas humains de peste ont été déclarés à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) entre 1990 et 2015 par 26 pays d’Afrique, Asie et Amérique. L’Afrique subsaharienne est actuellement la partie du monde la plus touchée, avec la République Démocratique du Congo, l’Ouganda et surtout Madagascar qui est le pays qui recense le plus de cas humains de peste au monde (entre 250 et 500 cas par an).

Les épidémies de peste ont une capacité à « s’éteindre » pendant plusieurs années avant de réapparaître brutalement sous forme épidémique. Nous prenons le cas du Mozambique  en 1994 après plus de 15 ans de silence, une épidémie qui s’était propagée au Zimbabwe et au Malawi tout proches. Après une période de silence de près de 50 ans, la peste est également réapparue en Algérie, dans la région d’Oran en 2003 et aussi l’épidémie de peste pulmonaire éclatée dans une mine de diamants en République Démocratique du Congo en Décembre 2004 suivie de l’épidémie de grande ampleur en 2006. De même, une flambée de peste s’est déclarée en 2016 à Madagascar au sud-est du pays, où aucun cas de peste n’avait été signalé depuis 1950 et en dehors de la zone d’endémie connue dans ce pays.

Sans titre la peste

Figure 1 : Répartition des foyers naturels de peste dans le monde en mars 2016 (OMS)

La peste à Madagascar

La peste sévit à Madagascar sur les Hautes Terres du Centre et du Nord, classiquement au-dessus de 800 m d’altitude, d’octobre à mars (saison chaude et humide). Elle sévit à Mahajanga, au bord de la mer, de juillet à novembre (période fraîche et sèche). Elle touche plus les hommes que les femmes. La tranche d’âge la plus touchée va de 5 à 14 ans. Le sol, les rongeurs, les puces sont réservoirs de germes.

On dénombre trois foyers :

  • des foyers ruraux sur les Hautes terres, réservoir de germes : Rattus rattus ou rat noir (figure 2)
  • des foyers urbains sur les Hautes terres et la capitale, Antananarivo : Rattus norvegicus
  • un foyer urbain côtier à Mahajanga : Rattus rattus, Rattus norvegicus.

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Figure 2 : Rattus rattus

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Figure 2 : Rattus norvegicus

Les vecteurs sont des puces Xenopsylla cheopis (dans les maisons : 95%), Synopsyllus fonquerniei (à l’extérieur des maisons : 86 à 95%).

Une épidémie a sévi en 2011 au nord-ouest de Madagascar (Diego-Suarez, Ambilobe, Nossy-Bé, Ambanja), région qui n’avait jamais été un foyer de peste auparavant. Une flambée de peste s’est déclarée en 2016 dans le sud-est du pays, là où aucun cas de peste n’avait été signalé depuis 1950 et donc en dehors de la zone d’endémie bien connue dans ce pays.

Depuis la fin du mois d’août 2017, sévit une épidémie, inhabituelle par son ampleur, son caractère urbain, son fort pourcentage de formes pulmonaires et son début précoce au mois d’août, soit hors saison, qui mobilise la communauté internationale. Le premier décès a été enregistré le 27 août dans la région de Vakinakaratra.

En date du 10 octobre, 48 décès sont attribués à la maladie et 449 cas ont été recensés, dont 322 de forme pulmonaire. Antananarivo, carrefour des 6 grandes provinces de Madagascar, est l’un des districts les plus affectés, suivi de Toamasina (Est) et de la zone autour de Faratsiho (Centre) sur un total de 35 districts touchés.

Mode de contamination

Le réservoir naturel de la peste est constitué de plusieurs centaines d’espèces de rongeurs sauvages et domestiques. L’homme est contaminé habituellement par les piqûres de puces qui se sont infectées principalement sur des rats. L’infection peut aussi se transmettre par voie aérienne lors de l’inhalation de la bactérie ou d’homme à homme (transmission interhumaine) par l’intermédiaire de gouttelettes respiratoires. La manipulation des corps de personnes décédées de peste constitue un autre mode de contamination possible.

Le maintien des foyers de peste dans le monde s’explique du fait que, Yersinia pestis est une bactérie résistante dans le milieu extérieur dans certaines conditions (basse température, humidité, absence de lumière).

Le risque d’importation par les voyageurs des cas de la maladie dans des pays indemnes est faible.

Aspects cliniques

Les premiers symptômes apparaissent plus ou moins rapidement, de quelques heures à cinq jours après la contamination selon la forme.

La peste peut se présenter sous trois formes cliniques :

  • La forme Bubonique

C’est la plus fréquente (80 % à 93 %). Elle se manifeste par une forte fièvre, un mauvais état général, une fatigue extrême, des douleurs et une augmentation de volume du ganglion lymphatique qui draine la zone de piqûre de la puce infectée. Ce ganglion hypertrophié et douloureux est appelé bubon.

Il peut se mettre à suppurer puis guérir. Dans d’autres cas, la maladie évolue vers une septicémie ou vers une forme pulmonaire.

  • La forme Septicémique 

Elle se caractérise par le passage de Yersinia pestis dans le sang (15 %). Des cas se développent soit après une forme bubonique, soit après une inoculation directe du bacille de la peste par exemple par une coupure. L’issue est fatale.

  • La forme Pulmonaire

C’est la plus rare des formes de l’infection (moins de 5 % des cas). Elle se manifeste par une broncho-pneumopathie avec des crachats sanglants.

Dans ce cas, la bactérie atteint les poumons et la transmission inter-humaine a ensuite lieu par l’intermédiaire des gouttelettes de salives émises par le malade lors de la toux. Les sujets contacts développent alors une peste pulmonaire. En l’absence d’un traitement précoce et approprié, la peste pulmonaire est systématiquement mortelle en 3 jours.

Le diagnostic de la peste nécessite un test en laboratoire de spécimens de sang, les expectorations ou les ganglions lymphatiques infectés. Un test rapide fiable existe également.

Un vaccin existe, mais à cause de sa faible efficacité, le vaccin contre la peste n’est pas recommandé. L’OMS ne recommande pas la vaccination, sauf pour les groupes à haut risque (par exemple le personnel de laboratoire qui sont constamment exposés au risque de contamination).

Traitement

La peste peut être traitée par antibiotiques et thérapie de soutien, et la récupération est généralement normale si le traitement commence tôt. Les patients atteints de la peste pulmonaire doivent être isolés et traités par un personnel médical formé avec équipement de protection individuelle. Les contacts proches des cas doivent être gardés sous surveillance médicale et doivent recevoir une prophylaxie antibiotique.

Prévention

L’OMS déconseille toute restriction de voyage ou de commerce sur Madagascar, selon les informations disponibles. Les voyageurs internationaux à Madagascar devraient être informés de l’épidémie et des mesures de protection nécessaires. Les voyageurs devraient se protéger contre les piqûres de puces, éviter tout contact avec des rongeurs et tout animaux morts, des tissus ou des matériaux infectés. Ils doivent surtout éviter tout contact étroit avec les patients atteints de peste pulmonaire.

L’épidémiologie nous dit que les risques liés à la fermeture des frontières sont plus élevés que de les garder ouverts. L’arrêt des frontières crée des perturbations sociales, de la panique des populations, des soupçons, des voies souterraines pour la contrebande et d’autres effets négatifs qui entravent une réponse efficace.

Il est beaucoup plus efficace d’insister sur l’information et la protection du public, la formation des agents de santé, le suivi des cas et leurs contacts, etc.

Afin de prendre en charge efficacement les flambées de peste, il est essentiel que les personnels de santé (et les communautés) soient informés et vigilants afin de diagnostiquer rapidement l’infection et de prendre en charge les patients sans tarder, de repérer les facteurs de risque, d’assurer une surveillance continue, de lutter contre les vecteurs et les hôtes, de confirmer le diagnostic à l’aide de tests de laboratoire et de communiquer les résultats de ces tests aux autorités compétentes.

Quelques mesures préconisées par l’OMS pour la gestion des flambées épidémiques de peste :

  • Trouver et éliminer la source de l’infection : identifier la source la plus probable dans la zone où le ou les cas humains ont été exposés, en recherchant typiquement des zones groupées où des petits animaux sont morts en grand nombre. Mettre en place des procédures appropriées pour prévenir et combattre l’infection. Lutter contre les vecteurs et les rongeurs. Il faut éviter de tuer les rongeurs avant les vecteurs afin que les puces ne changent pas d’hôte.
  • Protéger les agents de santé : les informer et les former à la prévention de l’infection et à la lutte. Ceux qui sont en contact direct avec des patients atteints de peste pneumonique doivent appliquer les précautions standard et prendre une chimioprophylaxie antibiotique pendant sept jours au moins ou tant que dure l’exposition aux patients infectés.
  • Assurer un traitement correct : vérifier que l’antibiothérapie adéquate soit administrée aux patients et qu’il y ait des stocks suffisants d’antibiotiques au niveau local.
  • Isoler les patients ayant une peste pulmonaire. Cette mesure est nécessaire pour éviter que d’autres ne soient infectés par les gouttelettes en suspension dans l’air. On peut réduire la propagation de la maladie en fournissant des masques aux patients atteints de peste pulmonaire.
  • Surveiller: identifier et suivre les proches contacts des patients atteints de peste pulmonaire et leur administrer une chimioprophylaxie pendant 7 jours. Les membres d’un foyer où vivent des patients atteints de peste bubonique doivent également recevoir une chimioprophylaxie.
  • Prélever des échantillons à collecter avec soin, en appliquant des procédures appropriées pour prévenir et combattre l’infection, et à envoyer au laboratoire pour analyse.
  • Désinfecter : il est recommandé de se laver systématiquement les mains à l’eau et au savon ou d’utiliser une solution hydro-alcoolique. Les parties du corps plus étendues peuvent être désinfectées avec de l’eau de Javel diluée à 10% (le mélange doit être fait à nouveau chaque jour).
  • Pratiquer des inhumations sans risque : il est déconseillé de pulvériser un désinfectant sur le visage ou la cage thoracique d’une personne dont on soupçonne que le décès est dû à la peste pulmonaire. Ces zones doivent être couvertes d’un tissu ou d’une matière absorbante imbibé(e) de désinfectant.

Références

 

12 octobre 2017
la peste transmission

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