Comores 2016-2021

Par  Aichem Hissami Eddine

 

Le réchauffement climatique est devenu l’un des phénomènes les plus préoccupants de la planète. Politiciens, scientifiques, et mêmes les médias en ont fait une priorité parmi tant de thèmes d’actualité.

Aujourd’hui les Comores se trouvent aussi confrontés aux problèmes liés au changement climatique, qui se manifeste au quotidien par une élévation de la température de 0,5°C par an.  La montée des océans menace régulièrement les familles qui vivent en région côtière et cause une dégradation, voire même une destruction des ressources agricoles de surfaces aériennes et souterraines. Face à une telle érosion, quelle approche sociologique et environnementale faut-il adopter aux Comores ?

Déjà, 57,5% de 110 000 hectares de terres cultivables aux Comores sont dégradés[1]. Les Comores étant un État insulaire en voie de développement, ne peuvent pas supporter un réchauffement climatique de 2°C sachant qu’une augmentation de 1.5° est largement suffisante pour causer assez de dégâts aux Comores. Selon certaines études, la plupart des infrastructures côtières seront détruites d’ici 2025, avec des dommages économiques de 400 millions de dollars, ce qui est trois fois plus élevé que le PIB des Comores. La montée du niveau des océans causera un déplacement de 10% de la population, c’est-à-dire 60.000 personnes, qui seront probablement forcées d’immigrer. Un rapport de décembre 2002 nous confirme une élévation de la température de 1°C par an ce qui conduit à une élévation du niveau mer de 4 mm par an, qui atteindra entre 20 et 22 cm d’ici 2050[2].

Afin d’atteindre une atténuation des émissions de gaz à effets de serre, les Comores doivent entamer des négociations, ayant comme objectifs de contraindre les pays développés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. De ce fait la survie de ces États insulaires à l’instar les des Comores ne peuvent être assurée que s’il y a une réduction de 50% d’ici 2020, par conséquent il n’est pas équitable que les pays développés, représentant 25% de la population mondiale, émettent plus de 50% des GES. Ainsi ces pays-là attendent un dédommagement d’ordre financier afin de contribuer à l’effort de la réduction des GES ou de la dé carbonisation de la planète qui est les résultats des externalités des pays développés.

Les Comores se sont engagées à la conservation de ressources naturelles, en adoptant une politique nationale environnementale et en adhérant à la Convention sur la biodiversité en 1994. Comores ont ratifié la Convention sur le droit de la Mer en 1982 et la Convention de Nairobi pour la protection des mers en 1994.

En effet les Comores ont besoin d’être soutenu par les pays développés financièrement et intellectuellement, mais le vrai travail et effort incombent au Comorien l’anda une fois consciente des dangers qu’il en court en contribuant à la destruction de son environnement ou en restant inactif face à sa dégradation. Ceci doit se réaliser de par une organisation des différents acteurs concernés autrement dit en mettant en place une dynamique entre les acteurs concernés « les partis prenant », Etat, Collectivités Locales, Société Civile, ONG, Organisations communautaires de bases, populations etc.

 

Compte tenu de toutes ces réalités il serait important de centrer ce travail sur trois volets important, la première, voir l’état de la dégradation des ressources naturelles et de la biodiversité des Comores, en second lieu voir un mode de gouvernance durable de ces ressources « gestion Intégré des ressources et des écosystèmes », et en troisième lieu montrer quelques pistes de solution que l’on peut apporter pour atténuer l’un des phénomènes qui menacent les Comores à savoir l’érosion côtière par une participation massive de la population dans le reboisement de la mangrove.

 

Mots clésGestion Intégrée des écosystèmes, Biodiversités et Ressources Naturelles, Érosion Côtière, Renforcement de capacité, Appropriation, Participation, Approche systémique, Dynamique des acteurs, Conventions Locales et Formes de Gouvernances.
Etat et facteurs de dégradation des écosystèmes comoriens

Les effets de dégradation des ressources et des écosystèmes sont des phénomènes interdépendants et chaque élément impact sur l’autre. Si nous tenions à énumérer la majeure de ces cas nous trouverions que beaucoup sont d’origine anthropique.
En effet la surexploitation des forêts est l’un des phénomènes qui accentue le réchauffement climatique. Les arbres ont une fonction importante pour l’absorption du carbone. Et aux Comores il est l’une des ressources les plus exploitées dans le cadre des fourneaux à cuissons et surtout dans le cadre de la transformation des huiles d’ylang-ylang via les alambiques.

Anjouan est l’ile la plus touchée par la déforestation. D’après les études réalisées, la superficie restante de la forêt est de 2164 ha[3]. Ceci a eu des incidences sur la raréfaction des ressources forestières, rivières et des points d’eau à Anjouan. Vers les années 50 un total de 49 cours d’eau a été recensé qui, au cours des années 70 a décru jusqu’à une trentaine et selon les statistiques actuelles nous nous retrouvions seulement avec une dizaine de cours d’eau[4].
À cela s’ajoute le problème de l’érosion des sols, une résultante de plus de la surexploitation du bois. Un phénomène qui appauvrit les sols que sa soient les recèlements des eaux pluviales ou de l’érosion éolienne, Anjouan est l’ile la plus touchée de par son relief montagneux.

Enfin un phénomène très préoccupant à savoir l’érosion côtière qui se manifeste par plusieurs causes d’origine anthropique à savoir une extraction massive du sable et des galets de mer, une extraction qui peut aller jusqu’à 120 000 m³/ans[5] en Grande-Comore. À cela s’ajoute aussi l’aménagement anarchique au niveau du littoral (murs et digues), un affaiblissement du récif corallien suite à l’extraction de ces derniers et à un déversement des ordures et des ruissèlements. Tout ceci s’est intensifié vers les années 80 avec augmenter l’augmentation de la démographie et une demande excessive des engrais chimiques.
Les conséquences en sont graves à tel point que l’on note une disparition des plages à l’exemple de celle de BadjananiItsadra, dans la région de Mbadjini, on observe aussi des glissements de terrain entre Foumbouni, Malé, et Dimani, mais aussi on remarque des infrastructures routières notamment à Anjouan plus pressement à Pomoni, la disparition des patrimoines à l’exemple de la mosquée de Chindrini, des dommages écologiques (site de ponte des tortues), et des dommages économiques à travers la raréfaction des poissons, et la perte de sites touristiques.

 

Gestion intégrée des écosystèmes comoriens

A l’heure actuelle les Comores vivent de l’exploitation abusive des ressources forestières et de la mer. Ceci cause une dégradation de façon exponentielle qui a pour conséquence une baisse de la productivité agricole. Le changement climatique aussi constitue l’une des causes les plus aggravantes. Si les pratiques des hommes ne sont pas adaptées à l’environnement par conséquent ils le détruisent.  Le plus grave est que ceci impactera de façon inévitable les générations futures. Ainsi, pour y remédier, des mesures devront être prises en compte pour une bonne gestion rationnelle des écosystèmes comoriens.
Jusqu’à présent l’économie des Comores repose sur l’agriculture, la pêche, l’élevage, de l’utilisation de l’eau, de la faune de la flore. Par conséquent nous ne pouvions pas vivre sans utiliser les sols et les forêts où ces ressources sont vulnérables et en quantité très limitée. La gestion des ressources ne signifie pas s’abstenir de tout usage, mais plutôt s’organiser pour une gestion durable afin de satisfaire les générations présentes et futures.

 

La gestion intégrée est un processus de planification partant de l’idée qu’il y a un certain nombre de conditions nécessaires pour améliorer l’usage du patrimoine naturel[6] « les écosystèmes et ressources naturelles » et tendre vers un développement durable. Elle met en avant le besoin de mise en cohérence des systèmes de valeurs pour fixer des objectifs partagés et de coordonner des comportements pour atteindre ces objectifs au moindre coût sociaux.
Dans cette optique, on peut ainsi se poser la question de savoir pourquoi une gestion intégrée des ressources naturelles ?
Afin d’assurer leur durabilité en évitant le gaspillage, il est question de coordonner les comportements des populations pour une gestion rationnelle des ressources, pour convenir à une satisfaction collective c’est-à-dire de la grande masse des populations, pour satisfaire les générations présentes et futures, pour améliorer les besoins des utilisateurs, pour un environnement saint, dans le cadre d’un développement économiquement viable, socialement équitable et écologiquement vivable.

 

Une gestion intégrée met en cohérenceune approche systémique[7] des écosystèmes à savoir : ressources – population – environnement – développement. Pour que cela soit possible il est impératif de mettre en place un dispositif participatif qui est un outil incitant à impliquer les populations dans un processus de prise de décision.
Elle est à la fois l’outil le plus complet de la démocratie participative[8]. C’est une participation avec la population et non sur la population. Par conséquent celle-ci est un élément capital pour un développement durable.
Ainsi toutes les parties prenantes sont appelées à la table des négociations, de concertation, pour une meilleure prise de décision équitable.

 

Il est questions de mettre en place des conventions locales qui ne sont ni plus ni moins que des arrangements locaux élaborés par les populations pour mieux gérer leurs ressources naturelles, elles découlent souvent d’un contexte de dégradation des ressources et d’une volonté pour les populations locales de retrouver une situation extérieure. L’approche gestion intégrée repose sur 3 points : en premier lieu faire un état de lieu de la situation initiale, ensuite dresser un plan et enfin mettre en place un dispositif de suivi évaluation.

Pour parvenir à un tel aménagement, plusieurs acteurs sont à prendre en considération dont voici une liste non exhaustive de ces différents acteurs[9] : les gestionnaires, les décideurs, experts, les institutions, et la société. À l’intérieur de cela se trouvent les acteurs économiques, la société civile, les citoyens, les médias, les collectivités locales, les services d’État, les opérateurs, les élus, etc. La forme de gouvernance la plus approprier dans ce cas de figure est la logique Bottom Up à la différence de celle de Top Down, en qui l’initiative partirait de la logique des populations et non celle des autorités locales.

 

 

Plantation de la mangrove comme une solution de lutte contre l’érosion côtière

La mangrove est une plante qui pousse généralement dans les milieux tropicaux assurant une transition la terre et la mer. La croissance des mangroves est favorisée par un climat tropical humide. Les mangroves jouent un rôle très important économiquement et écologiquement dans le cadre de la protection des écosystèmes côtières et de l’environnement[10].
Malheureusement aujourd’hui la mangrove est surexploitée à des fins combustibles, à fabriquer des poteaux et des couvertures de toit. En produisant des détritus, ces arbres contribuent à l’alimentation des animaux marins dont plusieurs espèces d’importance commerciale passent au moins une partie de leur vie dans les mangroves.

 

C’est pourquoi ces dernières ne devraient pas être considérées uniquement comme des forêts mais aussi comme des sources d’aliments (crabes, poissons et crevettes). Nombre de ces organismes finissent par être capturés loin des zones de mangrove, ce qui pose des problèmes particuliers d’aménagement des terres.
Cependant les mangroves ne sont pas estimées à leur juste valeur et bien souvent leur aménagement est négligé. La végétation, soumise à des coupes excessives pour la collecte de bois de feu se réduit souvent à des arbustes parsemés qui finissent par laisser la place à d’autres formes d’utilisation des terres. Qui semblent d’abord plus avantageuses mais qui en fait ne le sont pas si l’on prend en considération tous les aspects socio-économiques et environnementaux.

 

Le choix de l’utilisation des terres est influencé par les politiques gouvernementales de mise en réserve ou d’aliénation des mangroves, les autorisations de modifier les forêts privées, les réglementations concernant les rideaux-abris. La construction de digues et de canaux de drainage, ainsi que par les diverses mesures visant indirectement à promouvoir et à réglementer la sylviculture, la pêche et l’aquaculture. Ainsi nous ferons quelques recommandations aux autorités environnementales.

 

RECOMMENDATIONS

  • Décentraliséla compétence de gestion de l’environnement afin que les populations puissent définir eux-mêmes les problématiques liées à leur environnement dans leurs collectivités locales respectives.
  • Le transfert de compétences doive seconfirmer par le transfert des moyens et des financements liés à l’amélioration de l’environnement.
  • Fairede cette vision, une idée partagée par tous, à travers des séances d’animations et de mobilisations sociales.
  • Impliquées toutes les couches de la population dans la prise des décisions dès la phase diagnostique préparatoire à la mise en œuvre du programme et du suivi évaluation
  • L’autonomisation des populations à travers des renforcements de capacités et la mise en réseau de ces acteurs territoriaux afin qu’ils puissent s’approprier le programme et le pérenniser[11].
  • Protégé et replanté les mangroves afin d’atténuer l’érosion côtière.

Copyright © Comores2016-2021

Cette note peut être reproduite en totalité ou en partie, et sous n’importe quelle forme, à des fins éducatives ou non lucratives sans autorisation spéciale du propriétaire du copyright à condition que sa source soit mentionnée.

[1]Position des Comores concernant le changement climatique mediaterre Yousouf Hamadi expert du changement climatique CdP-15à Copenhague 1995

[2] Rapport de décembre 2002 sur les changements climatique communication initiale de l’Union des Comores

[3]  Enonce de la politique forestière de l’union des Comores

[4] Rapport sur l’eau aux Comores (2005) les nations unis pour l’alimentation et l’agriculture

[5]Valorisation des acquis dans le domaine de l’érosion littorale Mission auprès de la Coordination Nationale des Comores

 

[6]Programme Nationale de Développement Humain Durable PNDHD IFAD

Education environnemental, aide pédagogique, Union des Comores

 

[7] L’approche intégrée et multisectorielle

[8] Transformation rurale en Afrique un cadre pour orienter le programme rural futur NEPAD

[9] Cours d’intelligence économique et Marketing Territorial

[10]Les mangroves, richesse méconnueBo CHRISTENSEN est un forestier danois qui travaille à GreenlandFisheries Investigations. Cet article est fondé sur une étude effectuée pour la FAO:Management and utilization of mangroves in Asia and the Pacific.

 

[11] Action développement rural intégré L’Europe en Méditerranée Dossier de faisabilité des initiatives porteuses d’avenir Composante Opérationnelle « spécification et valorisation de l’agriculture Méditerranéenne.

 

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