Analyses & commentaires

Par Daniel Ben Ali Fahad

L’objectif de cette note est d’analyser les conséquences d’un manque d’examens paracliniques essentiels comme l’hémoculture et la radiographie dans le système sanitaire comorien à partir de l’exemple de l’hôpital de Hombo.

L’hôpital de Hombo étant le deuxième hôpital des Comores, il demeure le référencier[1] sanitaire de 42% de la population comorienne. Le défaut en matériel et équipement médicaux expose les patients à des sérieux dangers pouvant engager leurs pronostics vitaux, et ce malgré l’existence de médecins compétents et passionnés par leurs métiers. La médecine reste avant tout un domaine pluridisciplinaire scientifique. Le médecin se basant sur un ensemble des faits scientifiques tant clinique que paraclinique, se trouve en situation d’handicape pour prodiguer des soins de qualités aux malades nécessiteux en l’absence d’un minium d’examen paraclinique et notamment l’hémoculture au cours d’un pic de fièvre inexpliqué ou la radiographie pour un traumatisme. Comme beaucoup d’examen paraclinique[2] (IRM, Scanner, anatomie pathologie, bilan hépatique, ionogramme sanguine[3], coproculture, …), l’hémoculture et la radiographie restent à ce jour absente à l’hôpital de Hombo.

En quoi l’hémoculture ou la radiographie reste importante pour des soins sanitaires ?

Notre réflexion nous amènera en premier lieu à chercher l’utilité de la radiographie ; puis la nature et le rôle de l’hémoculture dans l’exercice médicale ; ensuite nous verrons l’enjeu de l’absence de ces dernières à l’hôpital de Hombo et enfin nous ferons quelques recommandations aux responsables du système sanitaire comorien.

Mots clés : hôpital de Hombo, hémoculture, radiographie, soins sanitaires, Comores

La radiographie dans un centre hospitalier ?

La radiographie est un examen d’imagière médicale utilisant des rayons X afin de permettre à la réalisation des clichés (image) sur différentes structures du corps humain. Elle permet de faire un examen morphologique sur l’homme et en particulier les os. Sur ces derniers la radiographie en dehors d’un état normal, elle peut mettre en évidence une fracture, un processus déminéralisation des os etc. Aux urgences souvent c’est un examen de premier choix devant tout traumatisme surtout dans différentes catégories d’accidents (accident de la voie publique, de sport, de travail, domestique…). Pour un orthopédiste, la radiographie reste un outil indispensable dans son quotidien médical comme un aiguilleur du ciel avec les radars.

L’hémoculture dans l’exercice médicale

L’hémoculture est une technique microbiologique, permettant de mettre en évidence la présence ou l’absence de microorganismes (bactéries et levures) dans le sang et d’étudier leur sensibilité aux différents antibiotiques selon les cas.

Cette technique consiste à ensemencer les germes présents dans le sang dans des milieux de culture comme le bouillon cœur cervelle (BCC), le bouillon trypticase Soja (BTS), le bouillon de Rosenow, … L’objectif[4] de ces examens demeure d’identifier le germe en cause, à confirmer le diagnostic d’une septicémie[5] (État infectieux généralisé, dû à la dissémination d’un germe pathogène dans tout l’organisme, par l’intermédiaire du sang), à réaliser un antibiogramme (chercher à savoir l’antibiotique, qui tue avec plus de précision l’agent causal) et enfin permettre au médecin de prescrire au patient l’antibiotique (médicament contre infection) et les dosages les mieux adaptés à sa maladie. Le prélèvement du sang pour l’hémoculture doit se faire lors d’un pic fébrile ou hypothermie, avant la prescription d’antibiotique, après une fenêtre thérapeutique de 24 à 72 heures.

L’hémoculture[6] est un examen capital en pathologie infectieuse, cependant elle reste non accessible dans beaucoup de structures sanitaires aux Comores, notamment le centre hospitalier de Hombo. L’union des Comores étant situés dans une zone tropicale, les maladies infectieuses sont très présentes.

L’enjeu de l’absence d’examen paraclinique à l’hôpital de Hombo : hémoculture et radiographie

L’absence d’un minium de paraclinique comme l’hémoculture et la radiographie prive le médecin de cet hôpital de prodiguer des soins de meilleure qualité à ses patients.

  • L’hémoculture

Rappelons que l’hémoculture permet au médecin de savoir avec précision le germe responsable de la maladie et donc de prescrire le traitement avec les dosages adéquats pour la traiter. A défaut de celle-ci, le médecin va prescrire une antibiothérapie probabiliste.  C’est-à-dire qu’il n’est pas sûr que le traitement préconisé par le médecin malgré ses connaissances médicales, guérisse le malade. En effet un tel procédé peut donner le résultat attendu, à savoir la guérison comme elle peut ne pas être productif. Toutefois quel que soit le résultat, il faut savoir que ce procédé a des conséquences qui peuvent être graves. Dans une telle approche, l’antibiothérapie probabiliste va servir à détruire le maximum de germes (espérant avoir l’agent causal) y compris la faune intestinale, qui n’est pas forcement nocif pour l’organisme et au contraire qui peut lui être bénéfique. De plus soulignons que deux agents pathogènes peuvent être traités par le même antibiotique mais pas forcément avec la même dose. L’antibiothérapie probabiliste peut induire alors une résistance au germe, surtout lorsque le médecin n’a pas su utiliser la dose adéquate. Autrement dit bien que l’antibiotique pouvait guérir le malade, le malade ne sera pas guéri car l’agent pathogène s’est adapté à l’antibiotique. Ce qui va encore plus compliquer l’état de santé du malade.

  • La radiographie

La radiographie au cours d’une fracture, permet de mettre évidence le trait traduisant la solution de continuité de l’os. L’absence de cette dernière empêche le médecin d’objectiver l’état de la fracture. Si le médecin décide d’intervenir, cette intervention sera à risque même s’il s’agit d’une fracture fermée avec chevauchement. En effet dans une telle fracture, le médecin va devoir réaligner les deux morceaux l’os afin de permettre leur consolidation. Cependant au cours de cette alignent il peut y arriver que le médecin ne le réussisse pas car il ne connait pas la disposition exacte des os fracturés. De plus s’il y arrive, il se peut que le patient par imprudence, il fait perdre cet alignement. Ce qui entrainera une mauvaise consolidation et donc une déformation. D’ailleurs devant toute fracture nécessitante une réduction, le médecin est tenu (par la médecine légal) de faire au moins deux radiographies. La première sera réalisée avant l’intervention pour lui permettre de voir l’état exacte de la fracture et donc avoir une approche claire dans la réduction de la fracture. La seconde radiographie confirmera ou infirmera la réussite de l’acte du médecin, elle aura donc comme but d’éviter que l’intervention porte préjudice au patient (déformation) après consolidation et de protéger le médecin de tout poursuite judicaire si par négligence le patient ne respecte pas les recommandations du médecin.

 

En conclusion, à partir de l’exemple de l’hôpital de Hombo nous constatons que le système sanitaire comorien peut avoir un grand nombre et des bons médecins, mais sans un minimum d’examen paraclinique, la qualité des soins demeure aléatoire. Les patients, ainsi que l’état de santé du peuple paient ces carences. Soulignons que dans ce centre hospitalier comme dans beaucoup d’autres la radiographie et les autres appareils en panne ne sont ni remplacés ni réparés et ce depuis plusieurs années. L’absence de chiffre de statistique dans cette note illustre le défaut de ces examens. Ainsi nous ferons quelques recommandations aux autorités de l’hôpital de Hombo comme toutes les autres structures sanitaires aux Comores en carence d’examen paraclinique.

Recommandations :

Aux responsables des structures sanitaires (en particulier de l’hôpital de Hombo)

  • Investir sur l’achat du matériel et les fournitures nécessaires à la réalisation de l’hémoculture et la radiographie.
  • Faire de cet investissement une priorité comme certains dépenses (voiture, essence…) du directeur de l’hôpital les sont.
  • D’arrêter d’attendre que tout soit fait par le gouvernement.

Aux autorités sanitaires nationales

  • Promouvoir une politique d’investissement sur les examens paracliniques, qui restent nécessaires à la réussite des soins de qualité pour les populations.
  • Améliorer les moyens à la disposition du personnel médical pour les meilleurs soins des populations.

[1] Référence sur : Rapport (EDSC-MICSII – 2012)

[2] Référence sur : http://www.infomie.net/IMG/pdf/these_dr_thocaven.pdf

[3] Référence sur : http://www.migrantsoutremer.org/IMG/pdf/rapport_msf_anjouan_2009-09.pdf

[4] Référence sur : http://www.memoireonline.com/12/09/3064/Qualite-du-prelevement-des-hemocultures.html

[5] Référence sur : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/septic%C3%A9mie/72196?q=septic%C3%A9mie#71391

[6] Référence sur : http://www.keneya.net/fmpos/theses/2010/pharma/pdf/10P13.pdf

3 octobre 2016

L’absence d’un minium d’examen paraclinique au centre hospitalier de Hombo, constitue un des obstacles aux soins sanitaires de qualités.

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