Analyses & commentaires

Dr Azhar Salim Mohamed et Daniel Ben Ali Fahad

L’objectif de cette note est de rappeler aux autorités sanitaires, l’utilité du recueil et du traitement des données médicales.

Aux Comores, les données sanitaires font défaut dans presque tous les domaines à tous les niveaux. Pourtant, la collecte et l’exploitation des données médicales restent des éléments primordiaux pour tout pays. Elles permettraient aux autorités sanitaires de prévenir, d’améliorer ou d’adapter des mesures préventives. A cela, peut s’ajouter une nécessité dans certains cas de relever les plateaux techniques ou renforcer les examens paramédicaux. Ce manque cruel des données livre le peuple comorien à des maladies pouvant être prévenues. Ainsi, ce denier prive le corps médical de son premier rôle, qui est l’éducation des populations, la sensibilisation et la prévention et pèse également sur la prise en charge de qualité des malades. Par quoi s’expliquerait ce manque accru des données ?

Cette interrogation nous amènera dans un premier temps à voir l’état actuel des données sanitaires puis les causes de ce défaut accru de données. Et enfin l’intérêt des données médicales.

Mots clés : collecte, analyses, traitement, données médicales, Comores, planification sanitaire, politique sanitaire.

Le défaut actuel des données médicales aux Comores:

Le manque des données dans tous les domaines est une triste réalité aux Comores. Ce problème touche profondément le secteur médical et s’étend à tous les niveaux du système sanitaire. Il n’existe pas de système[1] intégré et coordonné de collecte, d’analyse et d’exploitation des données sanitaires. Bien que l’une des solutions à ce défaut soit de collecter et de traiter au moins les données du milieu hospitalier, ces dernières restent négligées. Le très peu de données qu’on peut trouver sur Internet remonterait des années 2000. Par exemple[2] le taux de mortalité infantile était de 59 pour 1000 en 2000. Le taux de mortalité infanto-juvénile était de 74 pour 1000 en 2000. La collecte des données hospitalières serait un processus qui débuterait dès l’arrivée du patient dans une structure médicale. Dans un 1er temps, il consisterait à l’enregistrement de l’état civil et des antécédents personnels et familiaux ; médicaux et chirurgicaux ainsi que l’évolution de la maladie. Le traitement ou l’exploitation de ces données hospitalières serait d’une grande valeur. Les études analytiques et descriptives de ces données ne peuvent qu’être utiles à la planification des programmes sanitaires nationale.

Mais il nous faudra expliquer dès lors d’où vient ce large manque de données sachant que presque tout le corps médical[3] a été formé à l’extérieur et a produit des thèses, des rapports de stages, des études,… etc.

Les causes de ce défaut cruel des données médicales

Le défaut majeur des données médicales aux Comores s’expliquerait par plusieurs raisons, notamment : le manque de moyens de collecter et traiter les données, le manque d’une politique d’information sanitaire, le manque de rigueur de la part des inspecteurs de santé, l’absence de motivations du corps médical.

S’agissant du manque de moyens pour le recueil et le traitement de données aux Comores, il se subdivise surtout en 2 catégories. D’une part, les moyens matériels tels que les registres, les fichiers de service et les dossiers pour chaque patient à mettre à la disposition de chaque service. Il peut s’ajouter les matériels de technologies comme les ordinateurs. D’autre part, les moyens financiers dans la mesure où certaines études ou exploitations demandent un peu de financement pour des explorations, etc.

L’absence d’un système d’information sanitaire cause quant à elle un énorme un problème. Elle prive aux autorités sanitaires les informations nécessaires au bon processus de planification, de suivi et d’évaluation des programmes de santé.

En ce qui concerne les inspecteurs de santé, ils manquent de rigueur dans leurs missions. Ils doivent veiller à ce que chaque agent de santé fasse le travail auquel il est payé. Cela est d’autant plus nécessaire que la collecte et l’analyse ces données médicales relèvent également des taches de certains agents sanitaires.

Pour finir, on peut évoquer le manque de motivation qui pèse aussi sur ce défaut de données. Souvent sous-payés et parfois pas payés du tout, ces agents ont du mal à faire correctement leur travail. Des motivations sous forme de primes ou indemnités devraient leur être allouées pour les encourager de mener des études et à faire des publications sur leurs analyses et donc sur les données sanitaires.

Il nous reste donc à expliquer quels intérêts pour ces données.

Les enjeux des données sanitaires

Les enjeux des données médicales sont surtout d’ordres scientifiques avec des énormes intérêts. Les rapports, les thèses, les études découlant de ces données doivent servir à l’élaboration et de la planification des politiques sanitaires nationales. Ces derniers vont permettre aux autorités sanitaires de prendre des décisions cohérentes et adéquates aux problèmes sanitaires des populations. Des études rétrospectives ou prospectives, analytiques ou descriptives permettront de mieux connaitre une maladie ou un problème sanitaire. Autrement, ils serviront aux autorités sanitaires pour prévenir, améliorer ou adapter les mesures préventives ou curatives. Il peut s’ajouter une nécessité dans certains cas de relever les plateaux techniques.

Au final, ils permettront de répondre aux questions du genre: Combien de consultations dans le milieu hospitalier par jour ou par an ? Combien de décès néonataux par an ? Quelle est la prévalence du cancer du sein ? Combien de décès sur la voie publique par an ? Quelle est la maladie qui tue le plus aux Comores ?… Beaucoup de ces questions restent sans réponse aux Comores.

Cependant pour pouvoir répondre à ces genres d’interrogations ; nous ferons quelques recommandations aux autorités en charge de la santé.

Recommandations :

  • Promouvoir la collecte et l’exploitation des données dans le milieu hospitalier, dans tous les services.
  • Munir chaque service médical hospitalier d’une fiche de service et d’un dossier pour chaque patient.
  • Munir au moins tous les centres hospitaliers (référence régionale, médico-chirurgicale et médicaux-urbain) d’un bureau regroupant toutes les données des services sanitaires, dont le rôle principal serait de traiter, de suivre et surveiller l’information sanitaire dans son champ de couverture.
  • Mener une politique poussant les agents sanitaires à faire des études sur ces données et à les publier.
  • Veiller à ce que chaque agent sanitaire fasse le travail auquel il perçoit de salaire.
  • Promouvoir les études de recherches dans le milieu hospitalier.
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[1] Référence sur : http://www.nationalplanningcycles.org/sites/default/files/country_docs/Comoros/translated_politique_nationale_de_sante_vf_signee_07.pdf

[2] Référence sur : https://www.google.sn/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=3&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwi_y6SFuKfKAhUEECwKHVrJCAcQFggmMAI&url=http%3A%2F%2Fwww.afro.who.int%2Findex.php%3Foption%3Dcom_docman%26task%3Ddoc_download%26gid%3D2825&usg=AFQjCNHXu8LJzehg59nXj7mm71p__hJ6Kw&sig2=YJJGqaXSWEmPuo2DIjdXXQ&bvm=bv.111396085,d.bGg

[3] Référence sur : http://www.nationalplanningcycles.org/sites/default/files/country_docs/Comoros/translated_politique_nationale_de_sante_vf_signee_07.pdf

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