Analyses & commentaires

Par Daroueche Djanfar Haithi

L’élevage est l’un des secteurs extra-agricoles qui contribuent au développement socioéconomique des pays en voie de développement. Aux Comores, ce sous-secteur compte parmi les activités de bases au développement durable de l’archipel. Mais il apparaît mineur, depuis fort longtemps dans le secteur agroalimentaire derrière l’agriculture et la pêche. En 2007, il ne présente dans tout l’archipel que 11 % de la valeur ajoutée du secteur agroalimentaire derrière l’agriculture 49 %, la pêche 31 % et devant la forêt 9 % (Compte Nationaux, 2008). En effet sur le plan de la contribution au développement, à l’adaptation aux changements climatiques et à lutte contre la pauvreté, il représente une des activités de base et joue un rôle non négligeable. Toutefois, il permet aux paysans dans le cas des petits ruminants et des volailles de disposer un moyen d’épargne rapidement mobilisable et d’en bénéficier de rendements à court terme. L’élevage aux Comores a connu un essor très  apprécié et appréciable dans ces dernière années, comme le montre les progrès observés dans l’intensification des productions laitières des bovins et des caprins. Cependant, il nous reste encore des progrès à faire et des efforts techniques  à fournir en la matière.

Toute étude sous-tend à une problématique qui résulte la consistance scientifique du travail et l’orientation de ce que nous voulions traiter, celui-ci est formulé ainsi: comment pouvons nous développer et améliorer la performance de l’élevage comorien afin de diminuer la recrudescence accrue des importations de viande et de poulet ? Cette étude cherche à mieux évaluer la vulnérabilité actuelle de l’élevage des Comores et à donner des recommandations précises dans le but d’accompagner les acteurs de base à trouver une solution durable dans ce secteur économique.

Mots clés :

Elevage : Il signifie tout simplement produire et entretenir des animaux d’une espèce donnée pour obtenir un rendement et revenu. Il présente une des activités des bases pour le développement économique des pays en voie de développement, les Comores notamment.

Développement: Fait pour quelque chose de progresser, de s’accroître, de prendre de l’importance, expansion de l’avant. Plus précisément dans ce contexte, le développement rentre dans le cadre d’augmenter les rendements et les revenus des éleveurs et l’essor de la part de l’élevage dans l’économie des Comores.

Pauvreté : la pauvreté ne signifie pas tout à fait vulnérabilité, du fait qu’elle reflète et explique l’état actuel de pauvreté d’une société donnée. La pauvreté n’est pas le seul facteur de la vulnérabilité d’une société, mais elle est un facteur déterminent. La vulnérabilité de l’élevage comorien suffit comme indicateur pour expliquer l’état de pauvreté de la société agricole comorienne.

Ruminants : Mammifère artiodactyle dont l’estomac est subdivisé en plusieurs compartiments et qui pratique la rumination avec mastication retardée. Ici les ruminants présentent l’ensemble des différentes espèces y compris les volailles élevés au pays et qui entrent dans cadre des socles du développement de l’économie des Comores.

Vulnérabilité : elle est une conjonction de risques, d’impacts et de capacité d’adaptation. Elle  est le degré selon lequel un système est susceptible, ou incapable de faire face aux effets adverses du changement climatique, y compris la variabilité climatique et leurs événements extrêmes.

I. Enjeux des Pratiques de l’Elevage aux Comores

1.1. Les espèces du cheptel élevé dans l’archipel

Les Comores pratiquent en effet, l’élevage extensif, considéré comme une composante marginale de leur système de production où les ressources des bétails proviennent soit par le parcours naturel soit par les pailles sauvages et par la coupe des feuilles de certains arbres. Ces derniers sont malheureusement, les plus souvent des arbres fructueux. Contrairement à Mohéli et Anjouan où les troupeaux profitent les réseaux hydrauliques permanents, à Ngazidja, les éleveurs souffrent des points d’abreuvement de leurs troupeaux. Sans mares ni des rivières permanents, les éleveurs dépendent strictement de l’eau de robinets et des citernes domestiques. Toutefois, cette activité contribue à l’économie du pays en générale et elle participe en particulier, à l’accroissement de revenus et à la diminution de la vulnérabilité des communautés Rurales. Le développement et l’adaptation d’une espèce animale dans un espace géographique donnée sont conditionnés par des facteurs climatologiques et pédologiques du milieu. Aux Comores, le cheptel est principalement composé de bovins (bœufs), d’ovin (moutons), de caprins (chèvres), de volaille (poulets) Dans l’ensemble de l’archipel et d’équins (chevaux) et asine (ânes)  particulièrement dans l’île de Mohéli. Ce sous-secteur de l’agriculture heurte cependant, des importantes difficultés, mais les plus récurrentes se résument ainsi : réduction du bétail, réduction du parcours des bétails et de fourrage, difficultés des pâturages, manque des point d’abreuvement particulièrement à Ngazidja, assèchement et pollution des mares à (Mohéli et Anjouan), l’âge avancé  des pasteurs et surtout le manque d’implication des jeunes dans le secteur.

1.2. Rôles que joue l’élevage au Comores

L’élevage de caprin et bovin constitue une activité pratiquée par bon nombre de personnes notamment les femmes en milieu rural. Les revenus tirés de ce secteur permettent aux éleveurs de s’acquitter et satisfaire les besoins fondamentaux liés à la santé, à l’éducation des enfants, aux frais des jeunes bacheliers à l’université des Comores et peu à l’extérieur du pays et même d’investir sur d’autres secteurs notamment le commerce, la construction des maisons familiales et aux dépenses des cérémonies coutumières et religieuses. Les caprins et les bovins sont les ruminants les plus nombreux à Mohéli. Chaque habitant à Mohéli disposait en moyenne de 0,5 de caprins contre 0,2 à Anjouan et de 0,4 à la grande Comores, (Compte Nationaux, 2008). En effet, L’élevage de volaille est le plus développé et pratiqué surtout à Ngazidja et à Anjouan qu’à Mohéli. Cette catégorie d’élevage constitue la ferme la plus couteuse, du fait que les ressources de développement de la poule dépendent quantitativement et qualitativement des aliment de valeurs et concentrés qui reviennent de plus en plus très chers aux éleveurs et mais aussi des produits pharmaceutiques. A Mohéli les conditions climatiques et pédologique favorisent bien de développement de l’élevage et l’adaptation des nombreuses races qu’à Ngazidja et Anjouan.

II. Evolution des cheptels comoriens

2.1. Etat actuel de l’élevage

D’abord la recrudescence accrue des importations de viande et de poulet freine le développement de l’élevage aux Comores. Ce secteur est également handicapé par l’absence d’espace agro-pastoral. Les animaux sont gardés soit directement par les propriétaires, soit confiés à des gardiens ou loués à d’autres personnes. Les animaux présents dans l’archipel comprennent principalement les ruminants (bovins, caprins et ovins) et la volaille. L’effectif total des ruminants par espèce comptait de 62.985 dans les trois îles, (recensement agricole de 2004 validé en 2011). Les bovins sont les plus nombreux suivis des caprins et des ovins. Les effectifs des ruminants diminuent fortement depuis 2005 suite à des épidémies qui ont ravagé le cheptel comorien. Par ailleurs, l’aviculture reste toujours en déclin constant, du fait de coûts de production très élevés et de la concurrence des importations de volaille. Tout cela entraine une démotive les acteurs et une chute au développement de volaille. Ce dernier comptabilisait, selon le recensement agricole 2004, de 25.800 têtes et les poules présentaient (51%) en fin 2004. Cependant dans le 7 dernières années on a enregistré de progrès notamment au niveau de l’élevage des ruminants, grâce aux différents crédits agricoles accordés à certains éleveurs par les unités bancaires. Aujourd’hui l’élevage de ruminants présente des atouts dans le développement de la production laitière. La production laitière bovine par animal a progressé ces dernières années, elle commence de 2 litres et augmente de 8 litres jusqu’à plus de 10 litres par jour.

2.2. Santé animale

Grâce à son caractère insulaire, le pays est souvent épargné et résisté des grandes épizooties africaines. Néanmoins, en l’absence de contrôle vétérinaire réel aux frontières maritimes, les Comores sont confrontées à un fléau de zoo-sanitaire important, lié à l’importation d’animaux vivants. Ces risques sont connus via des maladies telles que, le charbon symptomatique, la maladie de Newcastle et les maladies parasitaires. En outre, les flux commerciaux d’animaux sur pied en provenance de Madagascar et de Tanzanie font craindre tous les acteurs d’élevage, à l’introduction d’autres maladies exotiques telles que la tuberculose et la dermatose nodulaire contagieuse en provenance de Madagascar, ou la fièvre aphteuse et la péripneumonie contagieuse bovine à partir de la Tanzanie

2.3.  Encadrement vétérinaire

Dans l’ensemble de l’archipel, l’encadrement vétérinaire est constitué principalement d’ingénieurs et de techniciens d’élevage et uniquement des spécialistes en inspection sanitaire. Le pays comptait en 2010 ; 10 ingénieurs de l’élevage formé le plus souvent au Mali, au Sénégal, en Union Soviétique, en Tunisie, au Maroc et à Madagascar. Mais leurs domaines d’intervention semblent être très limités dans la zootechnie et médecine vétérinaire ; 5 techniciens supérieurs, ils interviennent dans l’élevage, laboratoire, industries alimentaires et 6 agents d’élevage formés à Saint-Louis au nord du Sénégal, (ministère de l’environnement comorien). Ces agents sont insuffisants pour répondre les besoins permanents et surtout, ils souffrent d’insuffisance d’équipements pour accomplir efficacement leurs taches. Mais pour des mesures de renforcement dans ce domaine, une ONG nationale connue d’association comorienne des techniciens et infirmiers vétérinaires est mise sur pied dans le but de prêter mainforte dans  la santé animale depuis quelques années.

III. Appréciation de l’évolution de l’élevage Comorien

3.1. Faiblesses et contraintes du sous-secteur

Les faiblesses  de l’élevage et les contraintes auxquelles il fait face sont presque similaires qu’il s’agisse des ruminants ou de la volaille dans l’ensemble de l’archipel.

*Au niveau de l’élevage des ruminants

  • Contrôle sanitaire défaillant au niveau des frontières ;
  • Retard de vaccination des animaux,
  • Commercialisation du lait non organisée;
  • Manque de crédit à la production ;
  • Encadrement insuffisant ;
  • Faible soutien aux intrants vétérinaires, surtout vaccins non subventionnés par l’État ;
  • Coûts de production très élevés face à la concurrence des ruminants importés des pays voisins comme la Tanzanie ou Madagascar

*Au niveau de l’élevage

  • Approvisionnement difficile des poussins ;
  • Approvisionnement difficile et la cherté des aliments ;
  • Manque de crédit à la production ;
  • Encadrement insuffisant ;
  • Formation et information insuffisantes ;
  • Coûts de production très élevés face à la concurrence des ailes et cuisses des poulets importés.

3.2. Les atouts et potentiels du secteur de l’élevage

Beaucoup de progrès ont été enregistrés depuis 15 ans au niveau de l’élevage des ruminants et de la volaille. Le sous-secteur de l’élevage présente un atout dans le développement de la production laitière et dans les tentatives de production de viande dans le pays.

*Atouts de l’élevage des ruminants

  • Augmentation de la production laitière bovine par animal (de 2 à 8 litres et jusqu’à plus de 10 litres par jour).
  • Augmentation de la productivité caprine en viande grâce aux croisements avec les boucs Boer à Mohéli et Anjouan;
  • Races locales bien adaptées et bonne réponse à l’amélioration génétique;
  • Éleveurs très réceptifs aux changements techniques;
  • Marché de la viande et du lait attrayant;
  • Existence d’ONG capables de s’occuper des soins vétérinaires, de l’insémination artificielle et des conseils ;
  • Possibilité d’accès au crédit agricole.

*Potentiels de l’élevage des volailles

  • Conditions climatiques très favorables au développement de poulets;
  • Tentative de mise en place d’une unité de production des poussins d’un jour à la Grande Comore;
  • Existence d’une pépinière d’aviculteurs professionnels très motivés;
  • Achat des œufs et de poulets de chaire attrayant ;
  • Possibilité d’accès d’un crédit agricole.

3.3. Recommandations

La finalité de cette étude est de donner des recommandations pertinentes et techniques pour mieux sécuriser durablement l’élevage et promouvoir l’agropastoralisme dans les îles Comores. Dans cette perspective, les recommandations sont livrées dans deux circonstances de politiques différentes dont l’une sous forme générale, destinée directement aux autorités politique et aux projets ou programmes de développement désirant intervenir dans le secteur de l’élevage et l’autre très spécifique, correspondant à des stratégies très techniques sur le terrain  destiné directement aux éleveurs locaux:

3.3.1. Recommandations générales

  • Améliorer l’accès aux systèmes de financement :

La banque centrale des Comores, les Mecs et autres doivent accompagner davantage les éleveurs en leur accordant équitablement des crédits agricoles ;

  • Construire et équiper des parcs de vaccination :

Il serait judicieux de développer des parcs de santé et des pharmacies rapprochés dans les régions à vocation de l’élevage. Car parmi les pertes des  nombreuses unités dans le cheptel et les volailles soit par maladie soit par accident sont liées le plus souvent par manque d’intervention médicale ou intervention tardive ;

  • Améliorer la main d’œuvre :

La formation et le renforcement des capacités des éleveurs ont un impact capital sur le développement de leurs activités. Outre informer l’éleveur aux enjeux en cours qui peuvent porter atteinte à l’animal comme une nouvelle maladie et autre, leur permet de prendre des mesures préventives pour atténuer les conséquences ;

  • Contrôler et ajouter des nouvelles races adaptées :

Les importations des espèces animales vers le pays doit à tout moment faire l’objet d’une étude médicale et physique approfondies,  pour mesurer non seulement l’état de santé de l’animal mais aussi voir sa compatibilité aux réalités du milieu naturel du pays dans lequel, l’animal va évoluer.

3.3. 2. Recommandations spécifiques

  • Aménager des petits bassins de rétention dans le pâturage :

En grande Comores où les pâturages manquent strictement des points d’abreuvement, facteur déterminent pour le développement du cheptel, les éleveurs du même zone peuvent construire une petite citerne pour stocker l’eau de pluie ;

  • Développer des cultures fourragères :

Dans un cadre de régression de l’herber par la progression de la sécheresse, l’éleveur peux dans son exploitation mener aussi une culture fourragère afin d’accompagner la paille sauvage ;

  • Encourager l’élevage des petits ruminants :

La volaille par exemple est plus rentable en tant qu’une espère à cycle court surtout   bien adaptée aux conditions climatiques comoriennes ;

  • Fabriquer des aliments des poulets à partir des fruits disponibles :

Le mélange de la farine du fruit à pain avec les aliments concentrés en provenance des pays voisins permettrait de diminuer le cout de revient  des aliments importés.

 

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