Par Daniel Ben Ali Fahad

L’objectif de cette note est de faire un état des lieux sur les énergies propres aux Comores et parallèlement, mener une analyse sur leurs opportunités.

L’énergie reste une denrée très convoitée aux Comores par l’ensemble de la population. Les problèmes énergétiques demeurent cependant le quotidien dans cet archipel du sud-ouest de l’Océan indien. Pourtant la situation géographique de ce dernier lui confère un très fort potentiel en énergies propres. Les bases d’énergies propres telles que le solaire, l’éolienne, la marémotrice, la géothermie, l’hydraulique sont tous  des éléments intégrants de la nature aux Comores. En tenant compte des nouvelles perceptives mondiales sur le climat, l’investissement sur les énergies propres devient plus rentable que sur les énergies fossiles à long terme.

La forte capacité de ces diverses énergies propres, ne devrait-elle pas sortir les Comores de son marasme énergétique ? Ne serait- elle pas une richesse négligée pour ce pays pauvre et très endetté ? Ne serait-elle pas une aubaine pour l’émergence de ce pays encré dans la misère ?

Ainsi trois principaux axes seront abordés afin d’essayer de répondre aux interrogations suscitées et atteindre l’objectif de cette note. Nous débuterons par les problèmes électriques touchant ce pays, ensuite un bilan sur les énergies propres aux Comores et enfin avant de faire quelques recommandations, nous verrons les opportunités de ce type d’énergie qui s’ouvrent aux décideurs Comoriens.

Mots clés : énergie propre, l’hydro-électrique, l’éolienne, le solaire, la géothermie, la marémotrice-thermie et l’houlomotrice, la biomasse, Comores,  électricité, potentielle énergétique, opportunité.

Les coupures quotidiennes d’électricité aux Comores.

Les problèmes énergétiques ne sont pas nouveaux aux Comores. Depuis déjà une décennie, ce pays connait des problèmes récurrents sur le plan énergétique. L’année 2015, était particulièrement marquée par des coupures quasi quotidiennes. Dans certains villages[1], il y a eu moins de 24 heures d’électricité dans les huit derniers mois de 2015. Ces coupures incessantes sont dues à plusieurs facteurs. D’une part des problèmes techniques tels que la production insuffisante d’électricité par rapport à la demande, un réseau de distribution peu fiable avec un taux de perte jusqu’à 40%, des branchements frauduleux, un manque d’entretien des équipements, des personnels peu qualifiés…D’autre part, une mauvaise gestion  commerciale et partenariale de ces sociétés. Nous noterons, les factures impayées de nombreuses institutions publiques et privées, la dépendance des sociétés d’électricités  aux énergies fossiles qui sont essentiellement importées, les ruptures des livraisons de ces énergies… Soulignons qu’avec toutes ces difficultés que connaissent Ma-mwe et EDA (fournisseurs d’électricité aux Comores), le taux d’accès[2] à l’électricité ne dépasse pas 50% avec une disparité entre les trois îles (10% à Mohéli ; 50% à Anjouan et 60% en Grande Comores). Les conséquences de ces coupures pèsent énormément sur l’économie et la société comorienne. Ainsi ne serait-elle pas temps que l’Etat Comorien utilise les autres formes d’énergies à sa disposition ?

Les énergies propres aux Comores

Les énergies propres également appelées énergies vertes se distinguent des énergies fossiles en étant des sources d’énergie dont l’utilisation actuelle ne modifie en rien sa disponibilité future et ce, sans  conséquences sur l’environnement.

La topographie de l’union des Comores donne à cette dernière des atouts importants sur le plan énergétique. A savoir,  sa situation à l’entrée nord du canal de Mozambique, zone à forte courant marée,  entre l’équateur et le tropique sud avec un climat tropicale-humide. Dans cette zone de croisement des vents (les moussons et les alizés) on a une présence du soleil et des pluies presque toute l’année ; une nature variée tels que la présence d’un volcan en activité, des rivières permanents, des falaises[3], une diversité florale. Toutes ces caractéristiques témoignent des divers potentiels en énergies propres. Les énergies vertes facilement identifiables sont l’hydro-électrique, l’éolienne, le solaire, la géothermie, la marémotrice-thermie, l’énergie houlomotrice et la biomasse.

L’hydro-électrique[4] est une énergie qui utilise l’énergie hydraulique pour produire de l’électricité grâce à une turbine hydroélectrique. Celle-ci convertit en électricité l’énergie mécanique de l’eau en mouvement (chute d’eau, cours d’eau, courant, etc.).

Au niveau des îles Anjouan et Mohéli, il excite 4 micros centrales[5] hydroélectriques mais le potentiel hydroélectrique de ces deux îles est insuffisamment[6] exploité.

L’éolienne est la conversion de la force des vents en une forme d’énergie utile, en utilisant des éoliennes pour produire de l’électricité, des moulins à vent pour une puissance mécanique, les pompes éoliennes pour le pompage d’eau ou le drainage.

Le solaire est la conversion de la lumière du soleil en électricité, soit directement en utilisant le photovoltaïque, ou indirectement en utilisant l’énergie solaire concentrée. Les systèmes d’énergie solaire concentrée utilisent des lentilles ou des miroirs et des systèmes de suivi pour se concentrer sur une grande partie de la lumière du soleil en un petit faisceau. Les photovoltaïques convertissent la lumière en courant électrique en utilisant l’effet photoélectrique. Notons que, les Comores[7] connaissent un ensoleillement moyen réparti assez également sur toute l’année. Elles reçoivent huit heures d’ensoleillement[8] quotidien (2.880 heures par an) et en moyenne 5,0 kWh/m2/jour.

La géothermie[9] est l’exploitation de la chaleur stockée dans le sous-sol. L’utilisation des ressources géothermales se décompose en deux grandes familles : la production d’électricité et la production de chaleur. L’énergie géothermique de la Terre provient de la formation originale de la planète, de la désintégration radioactive de minéraux et de l’activité volcanique. En dehors de l’origine volcanique de l’archipel des Comores, ce pays possède toujours un volcan en activité. D’après le Dr Simeo, responsable[10] de la centrale de KenGen du Kenya, la capacité de production d’énergie du géant Karthala (nom du volcan comorien encore en activité)  est estimée à 19 mégawatts, alors que les besoins réels en énergie géothermique pour l’ensemble de l’archipel des Comores, aujourd’hui, seraient de 5 MW.

La marémotrice-thermie et l’houlomotrice, de l’énergie électrique peuvent être obtenues via les mers et les océans. Cependant plusieurs procédés sont employés pour en produire, notamment : Hydroliennes et hydropales (permettent de capter l’énergie cinétique des courants marins), Usines marémotrices ou moulins à marée (Lorsque la marée monte, elles remplissent des bassins, lorsque la marée se retire, les bassins se vident et entraînent des roues qui sont couplées à des alternateurs qui produisent de l’électricité) et houlomotrice (La différence de hauteur entre le creux et la crête des vagues crée une oscillation verticale et horizontale du système qui va actionner des pistons et donc produire de l’électricité). Au-delà de la production d’électricité, des co-activités[11] peuvent apporter de la valeur ajoutée au modèle, comme par exemple de l’aquaculture associée, de nouvelles capacités portuaires, une voie routière sur les digues, une protection des rivages contre l’érosion ou les surcotes. L’union des Comores étant un Etat insulaire, elle est ouverte complètement sur l’océan avec plus de 340 km de cotés[12].

La biomasse[13] est l’ensemble des matières organiques de différentes origines telles que l’animal et végétale principalement, pouvant devenir des sources d’énergies pour combustion après « modifications » de façon chimique ou après méthanisation. On récupère sous forme de chaleur l’énergie de la combustion de la biomasse notamment les déchets urbains. Les grandes villes des Comores produisent des grandes quantités de déchets pouvant être recyclées et en produire de l’électricité.

Ces énormes potentiels en énergies propres inexploités ne seraient-ils pas un levier au développement socio-économique pour l’union des Comores ? Quels fonds les Comores, cet Etat très pauvre userait-il pour exploiter ses potentiels en énergies propres ?

L’exploitation des énergies vertes : quelles opportunités pour les décideurs?

Les dégâts causés par le réchauffement climatique cette dernière décennie  ont fait prendre conscience à l’homme des conséquences de ses émissions des gaz à effet de serre ; à savoir son éventuelle extinction.  Les conférences climatiques s’enchainent afin de limiter le réchauffement planétaire à 2°C voire 1,5°C. Les émissions des gaz à effet de serre proviennent surtout des énergies fossiles utilisées en grande masse pour la production d’électricité et les différents transports. Le secteur de l’énergie est très important pour l’économie de chaque pays étant donné qu’il sous-tend la croissance économique et le développement. Ainsi trouvées autres formes d’énergies non polluants ou écologiques, restent la solution capitale pour la survie de la planète et de toutes les espèces qui y vivent notamment l’homme. A la dernière conférence sur les changements climatiques 2015 à Paris, l’annonce de la création de financement pour le climat a été faite par des gouvernements de pays développés, par des banques multilatérales de développement et par des fonds multilatéraux pour le climat.

L’Etat comorien a toutes les opportunités pour capter des fonds afin de valoriser ses potentiels en énergies propres. Le développement de ces dernières devraient booster sa croissance économique, voire la propulser parmi les pays émergents. Rappelons que l’exploitation maximale de ses énergies propres dépasserait largement ses besoins nationale et l’Etat pourrait songer à vendre l’excèdent à son voisinage. L’usage de ses coopérations bilatérales devrait au moins l’aider et l’orienter à mener des études et des créations de projets sur ses énergies vertes. Ainsi les fonds multilatéraux pour le climat, pourraient financer ces projets. Parmi ces fonds, on peut citer : Le Fonds des énergies durables pour l’Afrique (SEFA) qui est un fonds fiduciaire multi-bailleurs(les gouvernements du Danemark, du Royaume-Uni, des États-Unis et l’Italie) administré par la Banque africaine de développement (BAD). Ce fond créé en 2012 est de 95 millions de dollars. Il y a aussi l’Initiative pour les énergies renouvelables en Afrique (AREI), financée[14]  par Le G7, l’Union européenne (UE) et les institutions financières et portée par l’Union Africaine (UA). L’AREI[15] a déjà mobilisé 10 milliards d’euros. Ensuite, on peut citer le Fonds vert pour le climat (Green Climate Fund ou GFC en anglais) le GCF, qui est aujourd’hui doté d’un peu plus de 10 milliards de dollars. Le Fonds pour l’environnement mondial (fonds pour les pays les moins avancés et fonds spécial pour les changements climatiques…). Le Fonds pour l’adaptation etc.

Les décideurs comoriens devraient saisir cette aubaine dans un premier temps pour sortir du cycle infernal des crises énergétiques et puis en profiter pour  amorcer son émergence.

Ainsi nous nous permettrons de faire quelques recommandations aux autorités concernées.

Recommandations :

  • Promouvoir le développement à travers une politique énergétique solide, basée sur les énergies propres.
  • Multiplier les études sur l’exploration et l’exploitation de toutes les énergies vertes disponibles.
  • Créer des projets ambitieux basés sur des études et sur toutes ces énergies propres.
  • Présenter ces projets sur tous les différents fonds environnementaux existant afin de capter des financements.
  • Viser à exploiter le maximum ses potentiels énergétiques.
  • Recycler par des formations continues, les personnels des sociétés électriques nationales et former des ingénieurs cadres sur toutes ces énergies.
  • Solliciter l’expérience et l’aide des pays amis en avance sur les énergies propres.

 

[1]
[1] Référence sur : http://www.rfi.fr/afrique/20150615-crise-energetique-comores-habitants-inquiets-avant-le-ramadan

[2]
[2] Référence sur : http://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Project-and-Operations/Comores-%20Projet%20d’appui%20au%20secteur%20de%20l’%C3%A9nergie%20-%20Rapport%20d’%C3%A9valuation.pdf

[3]
[3] Référence sur : http://www.fao.org/nr/water/aquastat/countries_regions/com/COM-CP_fra.pdf

[4]
[4] Référence sur : http://www.futura-sciences.com/magazines/environnement/infos/dico/d/energie-renouvelable-energie-hydroelectrique-6661/

[5]
[5] Référence sur : http://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Environmental-and-Social-Assessments/Comores%20-%20Projet%20d%E2%80%99appui%20au%20secteur%20de%20l%E2%80%99%C3%A9nergie%20-%20R%C3%A9sum%C3%A9%20PGES.pdf

[6]
[6] Référence sur : http://www.lescomores.com/economie/energie.php

[7]
[7] Référence sur : http://unfccc.int/resource/docs/natc/comnc1fres.pdf

[8]
[8] Référence sur : http://www.comesa.int/attachments/Baseline_Renewable_energy_database_FR.pdf

[9]
[9] Référence sur : http://www.energies-renouvelables.org/energie_geothermie.asp

[10]
[10] Référence sur : http://www.panapress.com/Le-Kenya-aidera-les-Comores-a-developper-l-energie-geothermique–12-658680-5-lang1-index.html

[11]
[11] Référence sur : http://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/energie-maremotrice

[12]
[12] Référence sur : http://www.statistiques-mondiales.com/comores.htm

[13] Référence sur : http://www.ac-grenoble.fr/cite.scolaire.internationale/Peda/Discipli/SVT/lycee/seconde/Seconde%201/OMHtmlExport/SVT%20BIOMASSE%20etha%20julien%20eslem%20matthias.pdf

[14]
[14] Référence sur : http://www.lesoleil.sn/index.php?option=com_content&view=article&id=45443:initiative-pour-les-energies-renouvelables-en-afrique-le-g7-et-laue-promettent-10-milliards-de-dollars-par-an-daici-a-2020&catid=78:a-la-une&Itemid=255

[15]
[15] Référence sur : http://www.jeuneafrique.com/285069/societe/cop21-deja-10-milliards-deuros-reunis-pour-les-energies-renouvelables-en-afrique/

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