Economie & développement

Par Daniel FAHAD

Cette note se fixe comme objectif, la réflexion sur la mise en place d’une politique réelle de soutien au secteur de la pêche afin d’enclencher son essor et répondre aux besoins des populations comoriennes en matière de produits halieutiques.

Le prix du poisson aux Comores demeure très élevé malgré sa géographie propice à des ressources halieutiques importantes. L’union des Comores connait un manque de poisson récurrent exposant ainsi les populations à des prix exorbitants et à la maladie de  kwashiorkor. Le prix du kilogramme de poisson est très variable d’une saison à une autre, d’une île à une autre, d’un village à un autre. Cependant il est important de souligner que, la pêche aux Comores reste artisanale avec des moyens rudimentaires. La pêche demeure socialement et économiquement marginalisée dans ce pays et apparait également négliger par les autorités. Sur ce, les pêcheurs sont livrés à eux même sans programme réel d’accompagnement ou d’aide, bien que le secteur contribue fortement à l’économie comorienne et représente à lui seul un dixième du PIB.

Comment donner accès aux populations comoriennes à cette sources de protéines indispensable à leurs bien être, partout sur le territoire national à un prix acceptable ? Comment développer la pêche comme une activité économique et industrielle ?

Notre réflexion sera présidée par trois axes majores, qui convergeront tous à mettre les protéines halieutiques à la portée des populations comoriennes en permanence : D’abord, il convient d’analyser l’état de la pêche, puis la stratégie pour l’accès au poisson à un prix raisonnable. Enfin voire quel doit être la stratégie gouvernementale au soutien des pêcheurs.

L’état du secteur pêche aux Comores

La pêche constitue l’une des secteurs les plus prometteurs au développement socio-économique des Comores. En effet les Comores, petit Etat insulaire du sud-ouest de l’océan indien reste l’un des pays les plus pauvres au monde. En 2016, le PIB/ habitant[1] était 739,1 dollars US. Cependant les ressources halieutiques importantes des Comores font de la Pêche et de la transformation des produits de la pêche un secteur potentiellement rentable. Les eaux comoriennes contiennent une très grande variété de poissons. La pêche artisanale effectuée aux Comores, fait de la pêche un domaine sous-exploité. Paradoxalement des accords gouvernementaux font profiter à l’union européenne (EU) de ces ressources incroyables. Des bateaux de l’EU pèchent dans les eaux comoriennes en raison[2] de 55€ la tonne soit moins de 27 franc comorien (FC) le kilogramme (kg). Le comble est que le gouvernement comorien n’a aucun contrôle sur la quantité exacte que ces bateaux de l’EU capturés. Parallèlement l’accès aux poissons aux populations comoriennes reste très aléatoire et à des prix très variés, voire exorbitant (4000FC par kg). La demande intérieure[3] par rapport à l’offre actuelle reste très forte. En effet, malgré l’importance relative au secteur dans l’économie nationale, les Comores continuent d’importer du poisson (500 à 1000 tonnes par an). Il y a plus de 1 000 tonnes[4]de poisson séchés qui sont consommés dans le pays, mais la plupart des produits viennent de Madagascar, car la production locale ne parvient pas à satisfaire la demande interne. La production annuelle des Comores est estimée à 16.000 tonnes en moyenne. Actuellement, cette production est exclusivement réservée à la consommation intérieure pour un certain nombre de raisons telles que les volumes minimes des produits capturés, le sous-investissement dans l’équipage de matériel nécessaire et les difficultés à se conformer aux normes phytosanitaires internationales réglementant les exportations de produite halieutique. Soulignons ici que toutes exportations de produits carnés exigent le respect de la chaine du froid. Or le pays ne maitrise même pas la chaine du froid pour les médicaments. Toutefois l’Etat comorien avec des partenaires prives comptent mettre en place une usine de poisson à caractère industriel. En outre cette usine qui veut de répondre au besoin nationale en matière poisson et d’exporter vers l’étranger, n’est toujours pas fonctionnelle à ce jour. Elle a connu des nombreux faut départ et on dit même que le montant financier est problématique.

Accéder aux poissons à un prix décent

L’accès équitable et permanant au poisson par les populations doit passer inéluctablement  d’abord une disponibilité du produite à un prix raisonnable et constant toute l’année. Cela sous-entend un prix fixé quelle qu’elle soit la saison et le lieu sur le territoire national. Bien évidement la mise en place d’une telle politique nécessitera l’intervention de l’état (responsable étatique le plus proche des populations comme la mairie) afin de réguler les variations du prix et l’accès saisonnière du poisson. Les moyens et les matériaux des pêcheurs comoriens influencent beaucoup sur leurs capturés et leurs capacités à répondre aux besoins de poisson des populations. Rappelons qu’une partie important des pêcheurs, ha moyenâgeuses que l’on pratique aujourd’hui ailleurs pour le loisir uniquement. Ne disposant pas de moyenne conservation, le temps que le pêcheur comorien puisse rester en mer est moins 12heure, il est obligé de rentre quel que soit sa capturé. La saison de forte pluie ou vent, le pêcheur ne peut travailler. Les villages qui ne sont pas directement ouvert en mer connaissent des problèmes d’approvisionnement de poisson. Donc le prix du poisson varie en fonction de la quantité  capturée, de la saison, du lieu où le citoyen se trouve. Pour que le prix puisse être stable ; il faut que la quantité consommée quotidiennement soit renouveler par la quantité capturée en mer le même jour. Pour combler les défauts de capturés il faudrait des infrastructures phytosanitaires respectant la chaine du froid pour conserver les excès au moment où la pêche est bonne. Pour assurer un approvisionnement aux populations à l’intérieur des terres, il faut mettre place un corridor quotidien d’alimentation en poisson à ces populations. La mise en place d’un prix unique pour le kg de poisson sur l’ensemble du territoire national reste un engagement politique. L’imposition d’un prix unique et raisonnable par l’état nécessitera une stratégie et une pédagogie gouvernementale à l’échelle nationale.

Stratégie : un soutien réel aux pêcheurs comoriens

Le gouvernement ne peut en aucun cas négliger un secteur important[5] de l’économie comorienne comme la pêche, qui représente à lui seul un dixième du PIB. Le développement socio-économique des Comores passera au moins en partie par le secteur pêche. Bien que la communauté des pêcheurs[6] comoriens soit frappée d’une “malédiction sociale” qui la relègue en bas de la hiérarchie sociale. Cette dernière devrait être un argument de plus pour l’état de les soutenir. L’engagement du gouvernement aux pêcheurs comoriens peut être divers, notamment : en matériels de pêche ; organisation des formations sur des nouvelles techniques de pêche ; compensation financière ; création d’un fonds dédit aux projets des pêcheurs ; mise en place d’un système de retraite pour les pêcheurs ; la création d’une mutuelle de santé pour les pêcheurs… Ces dernières rehausseraient le niveau socio-économique du pêcheur mais également son image dans cette société comorienne hypocrite par ignorance. Précisons ici que l’école de nationale de pêche est soutenue par la coopération japonaise, et qu’elle accepte des candidats masculins du niveau collège et lycée pour ceux qui ne parviennent pas à suivre l’enseignement général. Malgré que la filière[7] soit vécue comme un échec de plus, mais l’école n’arrive pas à satisfaire la demande. Toutefois elle reste quasi inconnue du grand public.

La création d’un fonds dédié aux projets des pêcheurs comoriens, qui serait gère par exemple par la banque de développement des Comores (BDC), aurait un impact significatif dans leurs vies. Il suffit ici de libérer les fonds des accords de pêches entre l’Union Européenne et les Comores qui sont destinés à la filière pêche mais qui dans les faits ne parviennent jamais aux destinataires. En effet le pêcheur pourrait via ce fonds faire des prêts à un très faible taux d’intérêt et rénover ou moderniser ses équipements de pêché (tel abandon des pirogues à balanciers, trop dangereux et épuisant physiquement pour des vedette motorisée, des filets de pêche, des glacières de conservation, bref une vrai filière phytosanitaire qui créerait des emplois supplémentaires dans la conservation et l’industrie du froid…) dans un premier temps et pourquoi pas d’autres projets sociaux pour les pêcheurs (comme : construction de maison, fortification de ses propres revenus etc.) ? A côté des retombées pour les pêcheurs, soulignons l’impact sur l’ensemble de l’économie du pays. La BDC se verrait attribuer les moyens et l’attention pour mieux remplir la mission de sa création, qui est le développement.

La création d’une mutuelle de santé pour les pêcheurs comoriens, cela serait une très belle initiative et preuve de témoignage à la solidarité et reconnaissance pour une communauté centrale et historiquement marginalisée. Sur ce, l’Etat pourrait soutenir par exemple à hauteur de 10% pendant les dix premières années les cotisations financières de cette mutuelle. Vu le travail laborieux du pêcheur, beaucoup finissent aveuglent à cause du reflet du soleil sur la surface de la mer toute la journée et sans protection. La mutuelle jouerait un rôle important pour sa santé et pourquoi pas celle de sa famille (femme et enfant moins de 18 ans) en cas de maladie ? L’impact d’une telle initiative est directement visible à travers : la création d’emplois, à l’amélioration de la santé des pêcheurs et leurs familles, etc.

Ces deux brefs exemples montrent à quel point le soutient du secteur pêche, aurait un impact socio-économique sur le quotidien des comoriens. Cependant quelques recommandations aux autorités pour l’essor de la pêche aux Comores suivront.

Recommandations :

Mettre en place une stratégie nationale de la pêche chiffrée et globale au soutien du secteur pêche.

Elaborer un plan global du secteur pêche avec la participation des pêcheurs.

Responsabiliser les mairies dans la régularisation des prix et l’apprivoisement en matière halieutiques auprès des populations.

Réinvestir l’argent des accords avec l’EU sur les pêcheurs comoriens : en équipement, en soutien pour des projets sociaux, en formation etc.

Lancer des études sur le secteur pêche avec les institutions les mieux placés comme l’école de pêche, l’université des Comores.

[1] Reference: http://www.journaldunet.com/patrimoine/finances-personnelles/1164746-pays-pauvres/

[2] Reference: https://ec.europa.eu/fisheries/cfp/international/agreements/comoros_fr

[3] Reference: http://www.invest-comoros.com/fishing

[4] Reference: http://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2016/06/14/fishing-communities-in-the-comoros-develop-fishing-management-projects

[5] Reference: http://www.comores-online.com/wiki/P%C3%AAche

[6] Reference: http://www.swahiliweb.net/ya_mkobe_8-9_files/yamkobe_8_9-06.pdf

[7] Reference : https://www.youtube.com/watch?v=KOT_a-KXcsY

3 avril 2017

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