Par Saïd Abass Ahamed, docteur en Sciences Politique, professeur de Négociation

L’objet de cette note est de dresser un état des lieux de la politique étrangère des Comores quarante ans après les indépendances. L’océan indien demeure un espace bouleversé par les gigantesques ressources en hydrocarbures que l’on vient de découvrir récemment. Le continent africain subit également des bouleversements radicaux. Le fondamentalisme religieux déstabilise nombre d’États. Une forte croissance économique attire de plus en plus d’investisseurs… Cette réflexion s’articulera autour de trois questions. Tout d’abord, que constituent les intérêts supérieurs de la politique étrangère des Comores? En quoi l’océan indien devient un espace stratégique majeur pour le siècle en cours? Et enfin comment s’ouvrir au monde émergeant tout en consolidant les alliances anciennes ?

  1. Définir les intérêts supérieurs de l’Union des Comores

La fonction de toute diplomatie est de définir les intérêts supérieurs de la Nation et de s’y atteler à les défendre conformément au souhait du gouvernement. La décolonisation ratée, l’absence d’une politique étrangère précise, laisse tout loisir aux partenaires des Comores de définir leurs priorités. Les gouvernements comoriens successifs subissent plus qu’ils n’imposent les contraintes propres au système international. En quarante années d’existence la diplomatie comorienne peine à redéfinir ses intérêts. Le problème fondamental de Mayotte a tétanisé la pensée comorienne, jusqu’à la rendre atone. Pendant quarante années, rien n’a progressé au sujet de cette question à la fois omnipotente et complètement négligée. Les Comores prises en otage par ce problème s’empêchent de penser à autre chose. Mettons temporairement au repos cette question. Elle devrait pourtant être la matrice de la diplomatie, cependant les faits tendent à montrer une régression continue de sa mise en agenda. Si l’on accepte l’hypothèse de devenir notre propre centre de gravité, alors les intérêts stratégiques des Comores devraient résider dans son voisinage historique et géographique immédiat. La Tanzanie a été et demeure un partenaire historique fidèle dont les Comores ont sous-utilisé dans leurs stratégies face au Monde en développement (voir partie 3). Les liens entre les Comores et la République Unie de Tanzanie et du Kenya sont politique, sociale et historique. Salim Ahmed Salim brillant Ministre Tanzanien des affaires étrangères et ancien secrétaire général de l’Union Africaine a été élevé par une belle-mère comorienne. Beaucoup de hauts dignitaires dans l’administration, l’armée du Kenya et de la Tanzanie et parfois du Mozambique sont descendants de Comoriens installés sur la Côte orientale du continent Africain, entre Somali et Mozambique. Faut-il rappeler le rôle majeur joué par les Américains d’origine irlandaise dans la résolution du conflit irlandais? Que dire des juifs américains à l’égard de la politique américaine dans le Moyen-Orient ? Madagascar, Île Maurice, Seychelles et Mozambique ont des liens moins politiques et plus sociaux de par la présence d’une diaspora comorienne historique dans ces pays. De plus, le tourisme médical et éducatif, constituent une entrée de devise essentielle pour ces pays en provenance des Comores. Ainsi, la présence massive d’étudiants comoriens peut servir de levier diplomatique pour rapprocher les Comores de ses voisins. Dans les faits, les échanges dans  l’Océan indien, demeurent encore très faibles. D’abord ces pays ont moins d’échanges avec les Comores que le Moyen-Orient et la France. L’insularité, la faiblesse des infrastructures aéroportuaires compliquent les échangent dans cet espace.

Il est donc temps que l’Union des Comores présente clairement ses ambitions et pour cela il faut renoncer à la diplomatie des émotions qui consiste à nous rapprocher des pays arabes parce qu’ils sont musulmans. La foi n’a jamais constitué le fondement d’une défense des intérêts d’une nation. Il convient donc, de choisir des intérêts raisonnés et argumentés permettant de défendre le peuple comorien, par exemple en s’alliant avec la Tanzanie pour contrebalancer la trop grande présence de puissances asiatique et européenne  dans l’océan indien ou en s’alliant avec le Kenya ou avec la Mozambique et les pays anglophones de la sous-région pour la formation supérieure de la jeunesse comorienne. Les intérêts des Comores sont aussi certes d’explorer  sérieusement la piste des hydrocarbures et vérifier si elle mène à des promesses d’espérance. Les intérêts des Comores, c’est aussi développer un bon voisinage avec les pays de l’océan indien, notamment dans la liberté de circulation, dans la liberté des mouvements et accroître l’encrage de Comores dans l’Afrique par une diplomatie active.

  1. Géopolitique d’un espace en recomposition

L’océan indien est un espace qui a connu de plus grands bouleversements depuis la découverte des hydrocarbures (gaz et du pétrole) au Mozambique, au large du Kenya et au large de la Tanzanie. En moins d’une décennie les économies de la sous-région ont connu un bouleversement considérable. Les grands enjeux économiques mondiaux du futur se joueront dans cet espace. Les gigantesques réserves d’hydrocarbures que regorge cet espace accentuent la nécessité d’une diplomatie économique. Ce potentiel en germination fera de l’océan indien un espace économique, politique incontournable dans la gestion des affaires du monde. La diplomatie économique tend à se substituer de la diplomatie classique. Il serait pertinent de questionner les diplomates comoriens, que pense donc le corps chargé de défendre les intérêts des Comores ? Comment la diplomatie comorienne anticipe ses échéances et comment elle se prépare pour parvenir à des résultats satisfaisants?

Il faut ici rappeler que  la diplomatie comorienne c’est une administration faiblement formée. Le budget demeure maigre. Le ministère se compose de fonctionnaires hétéroclites, peu d’entre eux ont été formés à exercer la diplomatie. En conséquence ces gens sont peu qualifiés, peu formés et possèdent donc une faible expertise comparée aux enjeux du moment. Enfin cette administration se caractérise par une désorganisation, l’absence d’une mémoire administrative. Comme dans beaucoup d’administrations comoriennes lorsque les fonctionnaires quittent le ministère, ils partent avec les archives. Dans ces conditions il est extrêmement difficile de créer les conditions d’une mise en agenda des enjeux passés, du présent et ceux de l’avenir.

Les questions techniques, telle les délimitations frontalières, la piraterie maritime, le voisinage avec la côte du continent africain sont traitées dans un secret absolu. Cette culture du secret confond confidentialité et secret. Le pays reste à l’écart des grands enjeux diplomatiques. Le service de communication du Ministère des Affaires étrangères communique peu.

  1. S’ouvrir au monde émergeant tout en préservant les anciennes alliances

Dans ce monde en mouvement un fait nouveau bouleverse l’histoire de l’humanité. Pour la première fois depuis longtemps le centre du Monde n’est plus en occident. Si l’on suit les projections de Golman Sachs, d’ici quelques années, aucun pays européen ne sera parmi les cinq premières puissances Mondiales. D’un point de vue diplomatique, il s’agit d’un renversement considérable. Pour des pays comme les Comores liés fortement à l’assistance occidentale, il s’agit de repenser le lien au Monde. La question est donc de savoir comment concilier vielle alliance avec les puissances occidentales déclinantes tout en ouvrant des nouvelles perspectives avec les nouveaux centres du monde. Ce nouveau monde polycentrique exige des talents et une habilité singulière.

Les Comores doivent s’ouvrir aux mondes émergents que sont la Chine, l’Inde, la Turquie, l’Afrique du Sud et le Brésil… En défendant mieux ses intérêts qui sont de préserver la paix et l’intégrité territoriale, les Comores doivent veiller à une position neutre afin d’éviter toute animosité. Cela ne veut pas dire qu’il faut abandonner les relations anciennes avec les anciennes puissances occidentales, mais plutôt développer des nouvelles relations tout en consolidant les anciennes. Pour se faire, les Comores doivent à nouveau définir leurs intérêts, c’est-à-dire, être capables de demander aux nouvelles puissances émergentes, nous voulons plus de bourse, une plus grande assistance technique. Aux anciennes puissances, l’aide au développement classique doit être renforcée, de même qu’une connaissance du développement des services et de l’usage des nouvelles technologies au service du développement. C’est à ce prix que les Comores seront respectées sur la scène internationale. L’île Maurice est sans doute une entité géographique plus petite que les Comores mais sans doute plus organisé et mieux respecté.

Conclusion et recommandations

Au terme de cette courte note, il convient de recommander à la diplomatie comorienne, d’appliquer l’organigramme définit pour le MIREX. Il existe en effet un document qui organise le Ministère et les chancelleries mais personne ne respecte ce document. La formation en interne est primordiale ; dans ce ministère plusieurs diplomates de formations arabes, européennes se côtoient avec des pratiques et des cultures très diverses. Il serait très pertinent qu’au retour des études, les futures diplomates passent six mois à l’université des Comores pour harmoniser mœurs et pratiques avant de prendre service. Par ailleurs, des objectifs chiffrés doivent être établis afin de hiérarchiser les priorités en période de rareté matérielle.

Trois recommandations majeures doivent être formulées à l’endroit du gouvernement comorien.

D’abord, il est urgent que le statut des diplomates du MIREX soit protégé afin qu’une carrière diplomatique ne soit pas synonyme d’insécurité professionnelle.

Les Cadres du Ministère c’est-à-dire Directeur de cabinet, Secrétaire Général et directeur général doivent recevoir une garantie de cinq ans minimum afin de préserver la continuité de l’Administration.

Enfin, un livre blanc de la politique étrangère des Comores doit à l’image de l’armée, hiérarchiser et ordonner les priorités de notre politique étrangère pour les cinq ans à venir.

 

Saïd Abass Ahamed

 

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