Par Ali Hassane

Mot clé : agriculture vivrière ; agriculture de rente ; insuffisance alimentaire ;

Agriculture comorienne et développement : quelle stratégie pour l’autosuffisance alimentaire ? 

L’agriculture  demeure le secteur dominant de l’économie comorienne. Elle représente environ 46 % du PIB et 57 % des emplois. L’agriculture comorienne est habituellement de deux types: l’agriculture vivrière et l’agriculture de rente.

  • L’agriculture de rente est héritée de la colonisation, les principaux produits sont : la vanille, le clou de girofle et l’essence d’ylang-ylan
  • L’agriculture vivrière comprend les cultures vivrières, l’élevage et la pêche.
  • Les cultures maraîchères (tomate, carotte…) peuvent être une spéculation destinée à la vente ou bien être destinées à la consommation familiale.
  • Les arbres fruitiers jouent un rôle important tant en complément alimentaire (arbre à pain, mangue, papaye…) qu’en produits de vente (litchi, fruits de la passion…) que l’on retrouve sur les marchés urbains.

Le secteur de la pêche emploie 6% de la population (soit 8.500 emplois directs et 24.000 emplois indirects) et a participé à hauteur de 12% au PIB en 2008.

Le secteur secondaire  limité à des petites entreprises artisanales a enregistré 14% du PIB. Le tertiaire (33% du PIB) reposant sur le commerce de biens importés et l’administration publique.

Le pays est structurellement dépendant de l’aide internationale et plus encore des transferts de fonds des expatriés assurés par les immigrés comoriens résidant à l’extérieur avec un PIB de 25 %  selon les estimations.

Etrangement les politiques publiques dans ce secteur brillent par leur absence ou incohérence. Cette note reprend quelques enjeux majeurs du domaine.

Les principales filières agricoles et alimentaires

Agriculture vivrière et de rente

Le secteur agricole occupe la très grande majorité de la population, contribue de manière significative aux revenus des ménages et fournit une grande part des produits consommés par la population. On estime qu’environ 80 % de la production agricole est destinée essentiellement à l’autoconsommation. Les principales importations concernent le riz, la viande, la volaille et la farine de blé, faute de stratégie de production locale l’archipel aux eaux poissonneuses ne parvient pas à l’autosuffisance en protéine animale.

L’agriculture emploie près de 80 % de la population active et couvre près de 90% des recettes des exportations. Les produits de rente (vanille, ylang-ylang, girofle) demeurent les principaux produits d’exportation agricole.

Les résultats du recensement agricole de 2011 ont donné 55.859 exploitations agricoles dans l’ensemble des iles. La population agricole totale est de l’ordre de 354.873 personnes. Mwali a la plus faible population agricole, les deux autres îles ont presque la même population agricole.

Le principal statut juridique de l’exploitation agricole moyenne est une propriété privée. Le métayage existe mais n’est pas réglementé. Le statut du foncier demeure un problème sérieux dans cet archipel au statut de la terre flou. L’agriculture comorienne reste caractérisée par des associations culturales qui se subdivisent en deux catégories : l’association des cultures vivrières de grande consommation entre elles ou avec des vestiges forestières et l’association des cultures de rente avec quelques cultures vivrières ou avec des vestiges forestières. Les cultures pures sont très rares et ne concernent que le cocotier, le giroflier, le vanillier et l’ylang ylang ainsi que les cultures maraîchères.

Dans les cultures vivrières de grande consommation :

Les céréales : Les deux céréales cultivées aux Comores sont le riz et le maïs, la production de ces deux céréales est faible. Leur productivité est faible en raison des variétés médiocres, des sols qui lui sont réservés, dégradés et à très forte pente et non engraissés, des techniques culturales rudimentaires et inadaptés. A cela il convient de rajouter l’absence d’irrigation.

Les légumineuses : Les quatre principales légumineuses cultivées aux Comores sont : l’Ambrevade ou Pois d’Angole, le Haricot ou Ambérique, le Niébé ou vohème et l’Arachide. La productivité reste faible, elle est estimée à 12,4 tonnes en 2010.

Les plantes à tubercules : Ce sont par ordre d’importance décroissante le manioc (tubercule et feuille), la patate douce, le taro et l’igname. En 2011 la production est estimée à 112 tonnes.

Les plantes à féculents : Ce sont le bananier et l’arbre à pain. Ces deux cultures se rencontrent partout et dans des conditions écologiques peu favorables. Malgré les potentialités de l’agriculture comorienne, la production vivrière reste en deçà des besoins des populations des îles. Les Comores sont de grands importateurs de céréales. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène : les importateurs tirent profit de marge importante et ne seraient pas d’accord d’encourager la production locale. La faible mécanisation et la dévalorisation de ces métiers ne les rendent pas attractif pour les jeunes. Enfin, la négligence des pouvoir public complique toute tentative d’accroissement de la production et de valorisation de la filière.

ELEVAGE

Avec une concurrence accrue des importations de viande et de poulet, le secteur de l’élevage tarde à se développer aux Comores. Le développement du secteur de l’élevage est également handicapé par l’absence d’espace agro-pastoral. Aux Comores, les animaux sont gardés soit directement par les propriétaires, soit confiés à des gardiens ou à d’autres personnes. Les animaux présents aux Comores comprennent principalement les ruminants (bovins, caprins et ovins) et la volaille. Les effectifs totaux des ruminants par espèce sont de 62.985 (recensement agricole de 2004 validé en 2011) si l’on ne retient que les trois principales espèces. Les bovins sont les plus nombreux suivis des caprins et des ovins. Les effectifs des ruminants diminuent fortement depuis 2005 suite à des épidémies qui ont ravagé le cheptel comorien. Le secteur avicole reste toujours en déclin, les coûts de production sont très élevés et la concurrence des importations de volaille est rude. L’effectif total des volailles est, selon le recensement agricole 2004, de 25.800 têtes. Les poules sont légèrement plus nombreuses (51%). Il semble difficile de développer une filière dans ce domaine en l’absence de politique protectionniste et ce malgré la rentabilité de la filière. Un taureau importé de la côte est africaine se vend facilement entre 1000 et 1400 euros.

PÊCHE

Le secteur de la pêche présente des atouts majeurs pour la croissance économique comorienne. Le pays dispose d’une zone maritime estimée à plus de 160.000 km² qui recouvre 900 km² de plateau continental et 427 km de côtes. Cette zone dispose d’énormes ressources estimées annuellement à 33.000 tonnes, lesquelles sont exploitées actuellement à hauteur de 16.000 tonnes. Actuellement la pêche aux Comores est uniquement de nature artisanale et n’est destinée qu’à la consommation intérieure. Soulignons ici que des accords de pêches entre les Comores et l’Union Européenne existent depuis 1984. Des bateaux de pêche européens pêchent dans les eaux comoriennes moyennant une contrepartie financières. Les derniers accords mentionnaient un droit de pêche de cinq ans en contrepartie l’Union Européenne verse 600 000 euros à la partie comorienne. 300 000€ en aide direct et 300 000€ pour l’amélioration de la filière de la pêche. Ces accords soulèvent plusieurs problèmes. D’abord les pêcheurs n’ont jamais reçu l’assistance financière pour l’amélioration de leur filière. Ensuite les spécificités des accords de pêche précisent les période de pêches, le tonnage annuel et l’interdiction de la pêche dans les zone de frayage. Le tonnage de pêche se mesure habituellement par l’installation de balance phytosanitaire obligeant les bateaux européens à venir déverser la pêche pour la pesée. En l’absence de ces infrastructures les Européens se pensent exemptés de vérification de tonnage. De plus les bateaux européens ont l’obligation d’embarquer des pêcheurs comoriens mais ceci n’a jamais été fait. Enfin en l’absence de marine nationale aucune surveillance ne peut être faite.

Faiblesses et contraintes du secteur

Le développement du secteur agricole comorien nécessite pour son développement la prise en compte d’un certain nombre de contraintes majeures à lever et toute une série de faiblesses auxquelles il faudrait remédier, les plus importantes étant :

  • Pour les cultures vivrières, maraîchères et fruitières (gestion de l’eau, accès au foncier et sécurisation, enclavement des zones de production, insuffisance de structures de commercialisation, de transformation/conservation et d’approvisionnement, manque d’accès au crédit, absence de moyens appropriés pour les structures d’encadrement) ;
  • Pour les cultures d’exportation (l’isolement et le morcellement entraînent des coûts de production et de main d’œuvre élevés affectant la compétitivité des produits comoriens sur le marché international, faible diversification et absence de valorisation des produits primaires, absence de politique de marketing).

À ces contraintes spécifiques, il faut ajouter la difficulté liée au renouvellement de la population agricole active (exode rural des jeunes, absence de revenus attrayants et immédiats, absence de mécanisation appropriée pour diminuer la pénibilité du travail).

Les organisations professionnelles agricoles sont jeunes et manquent de moyens et de ressources humaines pour répondre aux besoins ressentis par la communauté rurale face au désengagement de l’État des fonctions de prestations de services, d’encadrement, de production et de commercialisation.

Malgré ces contraintes, le secteur offre un potentiel réel de croissance et peut avoir un impact significatif sur la réduction de la pauvreté puisqu’il occupe le premier rang en termes de contribution au PIB et de création d’emplois.

Dans ce contexte les actions à envisager doivent cibler en priorité :

  • La définition et la mise en œuvre d’une réforme foncière appropriée ;
  • Le renforcement des capacités des organisations paysannes et professionnelles ;
  • L’intensification des productions agricoles (investissements en irrigation, mécanisation, sécuriser l’approvisionnement en intrants, fertilisation, accès au crédit, encadrement, formation, recherche, etc.)
  • La promotion de l’industrie agroalimentaire ;
  • a valoriser des produits comoriens au travers d’un label Comores ;
  • La création d’un cadre institutionnel favorable au développement harmonieux du secteur agricole ;
  • La promotion de l’entrepreneuriat agricole.

Note et référence :

26 mars 2017

Stratégie pour la reforme agraire aux Comores

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