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Démission et responsabilité des cadres sanitaires, quelles conséquences ?

Par Daniel FAHAD

Cette note analyse le phénomène de démission des cadres sanitaire très inquiétant aux Comores.

Durant ces deux dernières décennies, le système de santé comorien a largement montré ses limites. La santé demeure une question très complexe dans ce pays de moins de huit cents mille habitants. Depuis les années 90, le système de santé comorien n’a cessé de se détériorer. Les gouvernements successifs se sont révélés incapables d’apporté de solution satisfaisante à cette urgence nationale. Malgré les différents partenariats et coopérations signées avec le monde extérieur, le système sanitaire reste aujourd’hui très défaillant.

Le pacte soignant – malade a disparu depuis très longtemps. Le corps médical est considéré comme le problème et non plus la solution. Les coûts de santé restent exorbitants pour autant les soins sont toujours aléatoires et hasardeux.

Le personnel soignant devient de plus en plus stigmatisé d’autant plus que tous les maux du système sanitaire leurs sont attribuer à tort ou à raison. Le corps médical comorien est-il victime des jugements infondés ?

La disparition du pacte de confiance entre patient et soignant fait que les malades ne vont à l’hôpital que lorsqu’il n’existe plus d’autre alternative. Cela n’est pas sans conséquence car certains malades vont jusqu’à risquer leurs vies afin s’y rendre à l’île sœur de Mayotte[1] pour des soins qu’ils pouvaient parfaitement les obtenir surplace. Ce qui ont les moyens font de l’évacuation sanitaire très onéreux. Parfois, pour les dignitaires l’Etat dépense plus que le Budget de l’hôpital de référence El Maarouf pour des évacuations sanitaires. En effet la situation chaotique du système de santé comorien pousse beaucoup des comoriens de la classe moyenne supérieur à s’inscrire dans le tourisme médical de la sous-région. Ainsi notre analyse sera axée sur trois points : la responsabilité du corps médical, suivie de la démission des autorités sanitaires et enfin les répercussions sur le système de santé. Quelques recommandations seront faites aux autorités concernées pour clore notre réflexion.

Corps médical, quelle responsabilité sur le désarroi des populations ?

Aux Comores, ces dernières années le corps médical est tenu pour responsable de tous maux du système de santé. Les différents acteurs au sein de la société comorienne pointent du doigts le personnel médical rendu responsables de tous les malheurs qui survient dans les établissements sanitaires publics. La douleur des populations dans ces moments difficiles est toute faite compréhensible et justifier. Néanmoins il nous incombe à tous la charge de chercher à déterminer le vrai responsable. Le devoir du personnel soignant demeure certes de veiller au bien-être des populations, toutefois un minimum des conditions d’exercice du métier de soignant s’impose surtout dans les structures de santé. Le médecin n’étant pas un magicien, il a besoin en permanente des fournitures et des matériels médicaux dans son quotidien hospitalier. Au final le corps médical en général dans son exercice, il est appelé à répondre de par sa présence, à son savoir et à son savoir-faire auprès des populations. Les autres conditions et moyens qui interviennent ou servent à avoir le bien-être des gens, ne relèvent pas de ces charges. Le désarroi des populations en vers le corps médical est compréhensible parce que c’est eux qui sont au contact direct avec les populations mais il n’est pas justifié car le personnel médical n’est pas totalement responsable. Par exemple, un malade qui se présente aux urgences pour des problèmes respiratoire, mais il n’y a personne alors qu’officiellement un médecin de garde est cessé y être, là si malheur survient la responsabilité est au médecin de garde. Par contre si le médecin de garde est présent mais il n’y a pas d’oxygène pour ventiler le malade, pas d’appareils assistance respiratoire ou pas de matériel pour lever la détresse ; dans ce cas d’espèce le médecin est-il coupable ? Autre exemple, lorsqu’une femme enceinte se rend à un hôpital pour accoucher mais qui n’arrive pas à voir le médecin parce qu’elle n’a pas d’argent. Si un malheur ensuivi, A qui la faute ? Au pays ? Au système ? Qu’en est-il du serment d’Hippocrate ?

Il est important de constater que le personnel médical comorien reste un acteur très passif en ce qui concerne son quotidien hospitalier. C’est-à-dire qu’il travaille avec les moyens de bord (moyens de l’hôpital), pas de lutte, ni de grève pour une amélioration des conditions de travailler. Toutefois ce personnel est capable de grève pour rappeler à son droit au salaire, ou témoigne sa solidarité avec un collègue licencié illégalement. Par ailleurs, il est très actif dans le secteur privé. Soulignons que la majorité des médecins comoriens travaille parallèlement dans le public et le privé. Certains travaillant pour leurs propres comptes se livrent même à des pillages des matériels médicaux des hôpitaux publics au profil de leurs cliniques privés. Et bien que ces pratiques soient avérées aucun d’entre eux n’a déjà répondu de ses actes devant la justice.

La lutte du personnel soignant pour des meilleures conditions de travail et défense des malades, fut délaissé pour des luttes politiques afin de s’assurer une place sein du pouvoir exécutive, comme on le voit ces dernières années. La course au pouvoir et l’enrichissement via à la santé aux Comores a corrompu l’humanisme de certains médecins, qui est une notion fondamentale dans la pratique médicale. A cela s’ajoute les manquements et la désorganisation du système de santé. Néanmoins une interrogation s’impose ou sont passés les autorités sanitaires ?

La démission des autorités sanitaires

Les activités médicales dans les établissements publique relevées de la responsabilité d’un ensemble d’acteurs notamment le personnel médical et les autorités sanitaires.

Cependant l’engagement de ces derniers conditionne le fonctionnement de tout le système sanitaire. Les problèmes récurrents au sein des structures publiques comoriennes traduisent la démission des autorités sanitaires de leurs responsabilités. En effet, le système de santé[2] comorien ne cesse de se dégrader et ceux sur toutes les niveaux. La mauvaise gestion des structures, le manque d’équipement et de matériels médicaux, la répartition inadéquate des ressources humaines sont tous des éléments qui témoignent de la démission des autorités sanitaires. L’absence d’engagement des autorités, a laissé place à l’anarchie au sein du système de santé. Le manque habituel d’équipement et de matériel médical illustre l’absence de réelles perspectives de la part des décideurs de la santé.

Bien que l’Union des Comores reste un pays pauvre, cela ne justifie pas la désorganisation au sein des structures sanitaires. L’organisation demeure un réel défi dans cet archipel et ce en dehors même du domaine sanitaire. Le manque de coordination[3] ou de stratégie au niveau nationale entre les structures sanitaires, entraine une mauvaise répartition des ressources humaines initialement insuffisants ; donne naissance à des plateaux techniques sous équipé. Par exemple deux villages qui se trouvent côte à côte et qui sont censé partager le même centre de santé. Chaque village parfois avec l’aide de la diaspora se construit une structure de santé avec un bloc opératoire… certes c’est peut-être une bonne chose pour les populations en termes d’accessibilité, néanmoins il faut s’assurer que la structure a le nombre de personnel qualifiés (médecins généraliste, dentistes, infirmiers, sages-femmes). Vu qu’il y a un bloc opératoire, il va falloir des chirurgiens, des anesthésistes, des infirmiers de bloc, de plus les équipements et les matériels médicaux. L’état n’arrive pas à équiper ni en personnels ni matériels le centre de santé commune aux deux villages, les communautaristes de chaque village vont accentués au final la détérioration des soins de santé. L’exemple ci cité, illustre la démission des autorités sanitaires, qui ont la charge de réglementé la carte sanitaires nationales.

Faibles qualités de soins sanitaires, manque de confiance, appauvrissements des populations.

Les inconvénients dans un système sanitaire défectueux demeurent importantes surtout dans un pays pauvre comme les Comores. Les soins de faibles qualités, le manque de confiance et l’endettement des populations feront l’Object d’exemples pour illustre le vécu quotidien des comoriens avec des problèmes de santé.

Les populations comoriennes se plaignent de faible qualité de soins au sein des établissements sanitaires publiques. En effet les structures publiques manquent presque de tout. Le manque[4] quotidien de fournitures, matériels médicale et examens para cliniques ont un impact négatif sur la qualité des soins dans les hôpitaux comoriens. De plus la désorganisation dans ces structures vient raréfier le peu de sources existants. Le manque de personnel médical spécialisé ne rend pas service les populations.

Les personnels soignants perdent de plus en plus la confiance des malades malgré que certains fassent de leurs mieux pour une meilleure prise en charge. Cette perte de confiance des populations constitue un handicap sur le processus même de la guérison. Car comme nous savons, l’état psychologique du patient a accepté sa maladie, son traitement et son médecin, influe sur sa guérison.

La vie étant précieuse, lorsqu’un individu voie son état de santé mise à mal ; la première reflexe à tout prix c’est recouvrir la santé, ce qui est naturelle. Néanmoins le prix à y mettre pour la santé peut bouleverser la vie de toute une famille. L’appauvrissement certaines familles comoriennes deviennent inéluctables lorsqu’un des leurs tombe malade et se voir dans l’obligation de l’envoyer à l’étranger pour se soigner malgré leurs faibles moyens. Ces derniers contractent souvent des dettes auprès des particuliers ou des banques pour y répondre. Néanmoins il faut se rappeler que cette dette va peser sur toute la famille, pire si cette dernière n’a pas de ressources de revenus stable ou aisé, ce qui est malheureusement le cas de nombreuses familles aux Comores. La maladie devient alors cause de précarité dans les familles déjà démunis ou de faibles revenus.

Recommandations :

Corps médical :

Choisir entre le public et le privé car faire les deux c’est toujours au détriment du public.

Imposer la publication des protocoles d’intervention harmonisés

Respecter les engagements et les sacrifices du métier.

Autorités sanitaires :

Clarifier la carte sanitaire du pays et imposer les distances règlementaires des cliniques et dispensaires.

Travail en harmonie avec le corps médical.

Autorités judicaire :

Ouvrir une instruction et une enquête judiciaire publique pour tous décès suspects dans les hôpitaux du pays

L’Etat interdit aux enseignants d’intervenir à la fois dans le privé et le public, faire de même pour les médecins. Imposer le choix soit public ou privé pas les deux.

Mettre chacun devant ses responsabilités car des vies en dépendants.

[1] Reference sur : http://www.afd.fr/jahia/webdav/site/afd/shared/PUBLICATIONS/RECHERCHE/Scientifiques/Documents-de-travail/107-document-travail.pdf

[2] Reference sur : http://www.afd.fr/home/pays/afrique/geo-afr/comores/projets-comores/appui-secteur-sante

[3] Reference sur : http://www.nationalplanningcycles.org/sites/default/files/country_docs/Comoros/translated_politique_nationale_de_sante_vf_signee_07.pdf

[4] Reference sur : https://comoressentiel.wordpress.com/2017/01/05/point-dancrage-3eme-et-derniere-partie-qui-a-le-courage-de-travailler-6-mois-sans-salaire/#more-589

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