Par Ali Hassani

La communication nationale initiale sur les changements climatiques laisse apparaître qu’à l’instar des petits états insulaires en développement (PIED), les Comores sont très vulnérables aux dérèglements climatiques. A cet égard le pays est exposé à la multiplication des cyclones et leur violence aggravée, à l’élévation du niveau de l’océan, à la sécheresse, et aux inondations. Ces aléas sont de nature à provoquer des bouleversements dans cet archipel dont l’économie et la vie sont largement tributaires de l’agriculture, du tourisme, de la pêche et où les populations vivent majoritairement sur le littoral. Les conséquences de ces changements climatiques auront des impacts sur la santé, la sécurité alimentaire, l’activité économique, les ressources en eau et les infrastructures physiques.

La dérive climatique risque d’anéantir, en particulier, les efforts de développement engagés et les stratégies spécifiques pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté. Sur le plan géophysique, il paraît très probable que l’augmentation des évènements climatiques extrêmes va davantage s’affirmer, ainsi que leurs incidences.

Mots clefs : Union des Comores, Montée du niveau de la mer, Changement climatique, Gaz à effet  de serre, l’érosion du littoral.

A l’image des faibles états insulaires, les Comores seront durement frappés par la montée du niveau des océans. Il est intéressant de porter un regard comparatif sur les risques potentiels que peuvent engendrer les changements climatiques, à commencer par l’élévation du niveau de la mer.

Les Comores pourraient prendre un petit confort à l’instar des iles Maldives sachant qu’il a un relief montagneux.  Ce confort ne pourrait cependant pas durer sachant que le taux de la montée du niveau de la mer sur les côtes comoriennes est presque le double de la moyenne, à environ 6 à 7 millimètres par an (le sud de Madagascar est un des endroits où le taux de la montée du niveau de la mer est le plus élevé).  A cela s’ajoute le fait que  beaucoup de villes et de villages, et des infrastructures routières et aéroportuaires se trouvent dans des zones à haut risque.

En effet, selon des estimations globales, une montée du niveau de la mer d’environ 2 à 3 mètres suffirait à plonger une bonne partie de nos grandes villes (Moroni, Mutsamudu, Fomboni, Mitsamiouli, etc.) sous les eaux de l’Océan Indien. Un petit calcul nous dirait qu’il faudrait alors 300 ans pour atteindre 2 mètres.  Ces données sont par contre trompeuses car elles ne présentent que des statistiques générales, supposant un Océan statique et considérant seulement le niveau de la mer par rapport à la topographie, et à quoi s’ajoute aussi l’imprécision des données utilisées. Toutefois, elles servent à donner une image de l’ampleur du  problème et sensibiliser l’opinion. Si l’on tient compte des effets des marées qui selon certaines études peuvent varier jusqu’à plus de 10 mètres de hauteur, et l’érosion des côtes,  cette durée sera considérablement révisée à la baisse.

Pour avoir une idée des effets des marées, allez passer une journée sur une plage comme Chindini, choisir un point au niveau de la plage et enregistrer la différence du niveau de la mer du matin au soir. Cela dit, on n’a pas le luxe d’attendre 300 ans pour agir, mais comme beaucoup de pays, il faut se préparer dès maintenant à l’image de l’Angleterre qui fait des prévisions pour une montée de 1 à 2.7 mètres d’ici l’an 2100.

La montée de la mer ne causera pas seulement  l’inondation des villes côtières et l’érosion des côtes, mais aussi la salinisation  du sol et des nappes phréatiques. La faune et la flore seront touchées à leur tour.

Activités humaines et phénomène naturel sur la montée des eaux.

La fonte des glaciers.

« À ce jour, nous avons sous-estimé à quel point la montée de la masse aquatique dans les océans liée au réchauffement contribue à la montée globale du niveau de la mer », explique un des auteurs, Jurgen Kusche, professeur à l’université de Bonn.

Le niveau général de la montée du niveau de la mer toutes causes confondues atteint 2,74 millimètres par an.

La fonte de la calotte glaciaire et des glaciers y contribue pour 1,37 millimètre par an. La dilatation de l’eau liée au réchauffement entraîne également la montée du niveau de la mer[1].

Les gaz à effet de serre

Les Comores ont encore un long chemin à faire en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et principalement du CO2. Selon Alwatwan, les énergies fossiles représentent actuellement 20% des sources d’énergies les plus utilisées par les Comoriens, notamment pour la production de l’électricité et dans les transports routier, maritime et aérien. « Le dioxyde de carbone (CO2) est, de loin, le principal gaz à effet de serre (GES) aux Comores, avec 2.609.130 tonnes », souligne le quotidien comorien[2].

La déforestation et désertification

La surface forestière est en effet très limitée et diminue à un taux très élevé. Les zones forestières, déjà amplement réduites, ont reculé à un taux annuel de 5,8% entre 1990 et 1995, soit le quatrième taux le plus élevé dans le monde (Mohammed Said, rapport à l’intention du CDB, 2000). La vulnérabilité est faible à moyenne au changement climatique, mais la pression humaine reste très forte et peut se combiner à un événement météorologique exceptionnel qui peut entraîner le déclin de cette ressource.

Les Conséquences

Augmentation de la température

Selon les études menées par C. McSweeney2, M. New1,23 and G. Lizcano1, on note : La température moyenne annuelle a augmenté de 0,9 ° C depuis 1960, avec un taux moyen de 0,19 ° C par décennie. Cette augmentation de température a été plus rapide aux mois de Mars –Avril et Mai, à un taux de 0,22 ° C par décennie. Par contre il n’y a pas eu suffisamment d’observation pour identifier les tendances dans les extrêmes de température quotidienne.

Evolution du régime de précipitation

Au  niveau des précipitations, il a été constaté que les précipitations annuelles moyennes ont diminué ces dernières années, avec des précipitations particulièrement faibles dans la dernière décennie et ce en toutes saisons.  En outre il a été  observé une diminution des précipitations plus importante sur les îles du nord des Comores.

Elévation du niveau de la mer (érosion et submersion)

Selon les études faites au niveau de la première Communication Nationale (2002), le niveau de la mer devrait augmenter de 4mm par an  au cours des cinquante prochaines années. Cette augmentation correspond  à une élévation moyenne potentielle de 20 cm Il s’agit d’une élévation de  deux fois plus importante que l’élévation observée au cours des cent dernières années (10 à 25 cm).

Si l’effet de serre d’origine anthropique devait se confirmer dans le siècle à venir, une des conséquences importantes du réchauffement du climat serait une élévation du niveau de la mer. Cette élévation s’explique, d’une part par une fusion partielle des glaciers, en particulier ceux des montagnes plus sensibles à une hausse modérée des températures que les grandes calottes glaciaires des hautes latitudes moins facilement déstabilisants, d’autre part par l’expansion thermique de la tranche d’eau superficielle des océans et des mers (effet stérique). La modification de la position du niveau de la mer aura logiquement des effets induits sur l’évolution, sinon de toutes les côtes, du moins sur certaines d’entre elles. Il convient d’essayer d’évaluer ces effets afin de voir s’ils représentent éventuellement des risques pour les établissements humains qui se sont densifiés sur les rivages marins au cours des dernières années.

Effets indirects : maladie et parasitisme, espèces invasives, feux

L’occurrence de la plupart des maladies et la prolifération des ravageurs sont liées aux fortes pluies et aux longues périodes sèches qui les favorisent. Les maladies et les ravageurs sont à l’origine de nombreuses pertes de cultures, et leur augmentation compromet la sécurité alimentaire du pays. Des cultures de rente importantes en termes de revenus pourront se trouver menacées par les maladies et ravageur, dont le vanillier.

Les incendies domestiques sont la principale cause de feux, loin devant les feux de brousse. A l’échelle du territoire le nombre d’incendies reste faible et la majorité des incendies sont situés sur l’île de la Grande Comore , la plus dégradée des trois. Compte tenu de l’insuffisance de l’électricité dans la Capitale, les feux urbains sont quasiment permanents à cause de l’utilisation excessive du bois de chauffe et de la bougie, et la sécheresse gagne du terrain du fait de la déforestation abusive qui assèche les cours d’eau.

Concernant les maladies, elles peuvent toucher aussi bien la population que les animaux. Par exemple, les îles Comores ont été touchées en 2003 par la théilériose, maladie qui a entraîné des pertes de l’ordre de 50% du cheptel bovin. Cette maladie a été importée par des animaux malades du continent africain. Certaines maladies du bétail comme le cas de la fièvre de la vallée du rift, sont aussi transmissibles à l’homme. Cette arbovirose est apparue aux Comores depuis 2007 et est aussi originaire d’Afrique de l’Est. Il en est de même pour des maladies uniquement humaines comme l’épidémie de chickungunia qui a atteint l’ensemble de l’Océan Indien puis l’Inde par les Comores à partir du Kenya. Les Comores représentent ainsi la principale porte d’entrée de nombreuses maladies en provenance d’Afrique continentale. C’est le cas plus particulier des maladies vectorielles, comme les arboviroses transmises par les moustiques du genre Aedes, et pour lesquelles le climat pourrait avoir un impact. Les liens entre climat et prolifération des vecteurs et des maladies sont encore mal connus et ne permettent pas de faire de prédictions à partir des prévisions météorologiques disponibles sur le siècle à venir. Pour le paludisme par exemple, les mécanismes de transmission, de multiplication et de conservation du plasmodium varient beaucoup d’une île à l’autre au-delà des généralités couramment employées.

Toutefois on peut estimer que l’augmentation des pluies ou des périodes de pluies peut favoriser la prolifération de gîtes larvaires dans les flaques ou notamment dans les déchets et emballages jetés dans la nature (boites de conserve…). Ce risque de développement des foyers de ponte est en lien avec l’évolution des modes de vie et de consommation alimentaire. En effet l’évolution des consommations de produits alimentaires importés, au détriment du maraichage et des productions locales, augmente considérablement la quantité de déchets ménagers solides qui sont jetés sur les bas-côtés des routes. Les boites de conserves et autres emballages solides constituent des récipients où l’eau de pluie stagne et favorise le développement des larves de moustiques. Les petits animaux d’élevage qui sont en pâture libre (chèvres, poules…) sont très fréquemment  présents sur ces sites.

Disparition des cotes

Concernant le degré d’exposition à l’élévation du niveau de la mer, la communication nationale  donne une surface inondée estimée à 734 ha pour les trois îles (soit 7,34 km2 pour  une surface totale de 1861 Km2) et à laquelle s’ajoute une érosion côtière importante. Il est prévu un recul du trait de côte, la destruction des routes côtières mais aussi un décapage de la côte. Des villages côtiers seraient inondés par l’intrusion de la mer comme à Mohéli, le village de Walla et au Nord de la Grande Comore, les villages d’Ivoini et Bouni / Mbachilé comme ce fut déjà le cas en 2005.

Maladies infectieuses à vecteur (paludisme, chikungunya…)

Le paludisme est le principal motif de consultation (30%), comme des admissions hospitalières (25%) ou des décès d’enfants de moins de 5 ans (25 %). Le paludisme reste encore l’une des principales causes de mortalité. Avec l’augmentation de la température, on assiste à une augmentation de son incidence passant de 33% en 2000 à 34,6% en 2004, et à une extension vers des zones d’altitude précédemment épargnées15. Une élévation globale  de 2°C se traduirait par une augmentation de la capacité vectorielle d’Anopheles gambiae dans les villages d’altitude de Grande Comore ainsi que dans les villages des Hauts Plateaux centraux d’Anjouan, où vit une population rurale dense. Le réchauffement des eaux par l’augmentation de la température améliorerait le développement larvaire et exposerait de nouvelles populations qui vivent sur des altitudes jusqu’ici épargnées de 500 à 900 mètres. On peut évaluer cette nouvelle population exposée à environ 25% de la population totale de ces deux îles.

Emigration

Il est probable que la hausse de la température combinée à la modification des cycles environnementaux puisse accentuer la fréquence et l’ampleur des sécheresses ce qui se traduirait par une perte de production des cultures à cause d’un stress hydrique trop important. Une des conséquences de cet effet pourrait être une migration des populations d’Anjouan vers Mayotte, une migration inter-îles et probablement un plus fort exode rurale vers les villes. La capacité d’adaptation des Comores est relativement forte et basée sur une culture de solidarité et d’hospitalité. En 2007, le FIDA estimait la diaspora comorienne répartie entre Mayotte, la Réunion et la France à près de 300 000 personnes et évaluait que cette population pourrait atteindre 600 000 en 2015 si le taux d’émigration restait constant et ce sans prise en compte du changement climatique.

En somme les petits États et territoires insulaires font également remarquer qu’ils seront parmi les espaces les plus sévèrement impactés par les changements climatiques et la hausse du niveau marin alors que leur contribution aux émissions de gaz à effet de serre a été et reste encore aujourd’hui négligeable à l’échelle planétaire. L’archipel des Comores, qui fait partie de ses espaces n’est pas épargné par ce phénomène. La montée du niveau de la mer, à l’horizon 2025, pourrait entraîner le déplacement d’au moins 10% de la population, la destruction de 29 % du réseau routier, de 30% de l’infrastructure hôtelière, de 70% des ports et aéroports…, pour un coût total de plus d’un milliard de dollars américains, représentant ainsi plus de deux fois le PIB du pays.

Recommandations

  • Sensibiliser les communautés côtières à la construction des barrières de protection du  littoral tel que les digues, les brises lames, les forêts de mangroves ;
  • Sensibiliser les populations et surtout les jeunes sur les questions environnementales ;
  • Mener des études approfondit sur l’élévation des eaux marines afin de mieux s’adapter ;
  • Promouvoir une politique d’urbanisation harmonieuse avec le littoral ;
  • Promouvoir une politique de reboisement sur l’ensemble des îles ;
  • Avoir une politique étrangère contre le réchauffement climatique et pour un soutien financière aux pays victimes du réchauffement.

 

Source :

Comores : les conséquences du changement climatique (Un rapport multidisciplinaire a relevé des effets visibles du changement climatique sur l’archipel des Comores).

Rapport national COMORES: Etude vulnérabilité.

La position des Comores concernant le réchauffement climatique.

L’érosion côtière aux Comores : une catastrophe négligée.

L’ampleur de la montée du niveau de la mer «sous-estimée».

Petits États et territoires insulaires face aux changements climatiques : vulnérabilité, adaptation et développement.

acclimate, D’ici 2025 la montée de la mer pourrait coûter aux Comores plus de deux fois son PIB

(Gestion institutionnelle et réponses des populations face aux crises volcaniques : de la réunion et de la grande Comores)

Conservation Comores 2005: Evaluation de la biodiversité et de l’usage des ressources, et la sensibilisation environnementale Rapport préliminaire.

 

[1] le rapport de la deuxième communication nationale sur les Changements climatiques (CC) : LINFO.RE – créé le 15.03.2013 à 17h55 – mis à jour le 11.03.2016 à 14h17-

[2] le rapport de la deuxième communication nationale sur les Changements climatiques (CC) : LINFO.RE – créé le 15.03.2013 à 17h55 – mis à jour le 11.03.2016 à 14h17-

 

 

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