Enfants en danger : « la pédophilie dans la société comorienne » Comment mettre fin à une tragédie ?

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Enfants en danger : « la pédophilie dans la société comorienne » Comment mettre fin à une tragédie ?

Par Yaziane Abdallah Ali

Comme toute société humaine, les Comores sont touchés par le fléau de la pédophilie. En Europe, l’on se souvient de l’Affaire du diocèse de Lyon. Chez nous les autorités compétentes restent muettes à ce sujet comme si ça ne leur concerne guère. Il y a certes des principes mais nous réalisons tous qu’ils sont ignorés. Ces crimes ont droit à quelques secondes dans la rubrique des faits divers ; et des ragots colportés de bouche à oreille. Voilà à quoi se résume le viol d’un enfant aux Comores.

Les auteurs de ces crimes, restent en liberté, rodant à la recherche d’autres victimes. Combien d’autres victimes faut-il encore pour que la population réalise que notre société est malade ? Regardez le visage de nos enfants, essayez d’imaginer le calvaire enduré par les parents, les proches de ces enfants victimes des prédateurs sexuels ! Il est temps de dire « STOP à la destruction des enfants ».

L’objet de cette note est de mettre à nu l’impact d’une agression sexuelle sur le devenir d’un enfant. Il est essentiel que les adultes comprennent la gravité d’un attouchement sexuel sur un enfant. Ce n’est jamais un acte banal sans conséquence. C’est une intrusion dans le développement de la victime. Une agression sexuelle sur un enfant peut être qualifiée de tentative « d’assassinat psychique ».

Voici quelques conséquences connues :

  • Sur le plan psychologique : Une dévalorisation de soi, la dépression, un sentiment de culpabilité et de honte.
  • Sur le plan physique : blessures corporelles, surtout sexuelles.
  • Sur le plan social : Repli social, agressivité, difficulté à faire confiance, désinvestissement ou sur investissement scolaire etc…

Qui sont ces prédateurs ?

Il est primordial de se dire que tous les enfants sont susceptibles d’être victimes à tout moment, d’agression sexuelle, Nul n’est à l’abri. Aucune couche sociale ou communautaire n’est épargnée. Ces agresseurs sans scrupules et dénués de toute moralité. Ce sont des personnes (dans 99% des cas), proches, issus du cercle de confiance de l’enfant. Ils patientent dans l’ombre, guettant le moment propice pour se jeter  sur leurs victimes. Ils attendent une erreur, un moment d’inattention de notre part pour sévir. Parfois, ils créent la confiance pour éloigner tout soupçon.

La responsabilité des parents

La protection de l’enfant relève de notre responsabilité à tous, mais en premier à ses parents. Il est trop facile aussi de se cacher derrière les textes de lois et les institutions pour venir en aide aux victimes. Les parents doivent prendre leurs responsabilités en main. Il est de leur devoir d’assurer la sécurité de leur progéniture. Le manque de communication peut provoquer chez l’enfant un sentiment d’abandon. Outre, le manque de dialogue, la curiosité et l’absence d’éducation sexuelle appropriée font de nos enfants des proies faciles pour les prédateurs.

La responsabilité des autorités compétentes

La convention des droits de l’enfant stipule : « les Etats de l’océan indien notamment Seychelles, Madagascar, et les Comores s’engagent à respecter les droits dans la convention et à les garantir à tout enfant relevant de leur juridiction, sans distinction aucune indépendamment de considération de sexe, de langue, de race, de couleur, d’opinion politique ou autre de l’enfant ou de ses parents ou représentants légaux, de leur origine national ou social, de leur situation, de leur incapacité, leur naissance ou tout autre situation [1]» . Nous réalisons bien que dans notre société, ces principes sont complètement ignorés.

Parfois, les pédophiles échappent à la prison parce qu’il y aura  la honte sur la famille et cette dernière fait pression sur l’enfant pour qu’il ou elle se taise. Si le pédophile est un maitre coranique ou un homme important l’honneur fait que la communauté étouffe l’affaire. L’enfant subit donc une double peine. La première peine est l’agression sexuelle, la seconde réside dans l’impunité que bénéficie le pédophile alors qu’on est même censé protéger l’enfant. Nous devons donc insister pour que justice soit faite, ces malfaiteurs soient punis pour leurs crimes comme prévu par les lois et règlements. Certes, dans notre société les autorités ont tendance à classer les affaires sans suite pour éviter de porter préjudice à toutes personnes ayant une réputation quelconque, mais rappelons-nous qu’aucun être n’est à  l’abri, tout enfant est susceptible d’être victime à tout moment, osons dire « NON » et unissons-nous pour lutter contre ce crime.  Dénonçons nos proches si c’est nécessaire  car la négligence perpétue l’impunité.

La réaction de l’Etat

L’Etat comorien n’a pas pris conscience de la gravité de la situation. Il n’existe pas de politique nationale de lutte contre ce fléau. Les médecins ne sont pas formés ni dans le diagnostic, encore moins dans l’accompagnement des victimes. Au niveau de la justice peu de procès sont instruit…  C’est impérativement à l’Etat que revienne la responsabilité d’exiger et d’inciter au niveau de la justice une transparence sur ce genre de situation.

L’absence de réaction de la population

Pour ce qui concerne la population, il est difficile de comprendre parfois le silence coupable face à un phénomène si grave. Tout s’opère comme s’il est normal, que des milliers d’enfants soient abusés. La honte qui pèse sur les victimes les poussent à abandonner toute possibilité de poursuite, afin d’éviter de jeter l’opprobre sur la famille. Parfois même les victimes subissent des menaces lorsque le bourreau est une personnalité ou un notable.

 

Tableau 1 violence domestique aux Comores, selon une étude de l’UNICEF

Pourcentage de femmes de 15-49 ans ayant subi à un moment quelconque des actes de violence physique depuis l’âge de 15 ans et pourcentage ayant subi des acte s de violence physique selon certaines caractéristiques sociodémographiques, Comores 2012 une enquête faite par l’U NICEF.

    Pourcentage ayant subi des actes de violence physique au cours des 12 mois ayant précédé l’enquête  
Caractéristiques

sociodémographique

Pourcentage de femmes de 15-49 ans ayant subi des actes de violence physique depuis l’âge de 15 ans1 Souvent2 Parfois2 Souvent et Parfois2 Effectif des femmes
Ages          
15-19 11,3 3,2 2,6 5,7 869
20-24 14,6 2,8 3,7 6,6 623
25-29 18,2 3,6 4,7 8,4 568
30-39 13,9 1,2 2,8 4,1 848
40-49 13,4 2,9 2,3 5,2 433
           
Milieu de résidence          
Moroni 24,2 3,5 5,3 8,8 342
Autre ville 10,5 3,7 2,0 5,7 774
Ensemble urbain 14,7 3,6 3,0 6,7 1115
Rural 13,7 2,1 3,3 5,4 2226
           
Région          
Mohéli 16,2 3,2 2,6 6,0 206
Ndzouani 8,3 3,4 1,7 5,1 1559
Ngazidja 19,4 1,8 4,8 6,6 1576
           
Etat matrimonial          
Célibataire 9,2 2,7 2,3 5,1 1127
En union 16,0 2,4 3,5 6,0 2008
En rupture d’union 21,0 4,3 4,3 8,7 206
           
Niveau d’instruction          
Aucun 12,9 2,8 2,6 5,4 1049
Primaire 19,5 3,2 5,2 8,5 646
Secondaire et plus 13,2 2,4 3,2 5,6 1322
           
Qualité de bien-être économique          
Le plus bas 10,7 3,1 1,5 4,7 565
Second 12,6 1,5 4,5 6,0 670
Moyen 15,9 2,6 4,9 7,6 684
Quatrième 18,0 3,1 3,2 6,2 703
Le plus élevé 12 ,3 3,0 1,6 4,6 720
           
Ensemble3 14,0 2,6 3,2 5,8 3341

[2].

Recommandations

  • Le gouvernement doit prendre des mesures urgentes contre le laxisme et l’impunité
  • Diligenter une enquête nationale afin de créer des lieux protégés pour libérer la parole des victimes
  • Lancer une campagne nationale pour dénoncer le fléau et libérer la parole des victimes
  • En tant que parent ou tuteur, il faut rester vigilent et guettant les gestes suspects ou déplacés contre nos enfants. Un enfant de bas âge est très facile à manipuler. Il est impérative de garder un œil attentif sur leur faits et gestes et ne jamais les laisser livrer à eu même.
  • Instaurer un lien de confiance avec ses enfants pour qu’ils se sentent alaise pour vous parler, bénéficier d’une éducation sexuelle, savoir poser des interdits à la maison et en classe, l’éducation parentale si besoin, apprendre à l’enfant à distinguer les gestes acceptables et ceux qui sont déplacés.
  • Dénoncer le plus vite un tel acte pour éviter que ça affaiblisse la victime, avoir une suivie pour les démarche de l’enquêtes.
  • Sensibiliser les comoriens sur la criminalité des pédophiles et les ravages que cela crée chez la victime.
  • Informer la population et les victimes des possibilités de démarches (Accompagnement psychologique, médical et légal)

 

[1] Article 2 Alinéa 1de la convention relative aux droits de l’enfant.

Adoptée et ouverte  à la signature, ratification et adhésion par l’Assemblée générale dans  sa résolution 44/25 du 20 novembre 1989. Entrée en vigueur le 2 septembre 1990, conformément à l’article 49 de la convention.

1 Y compris dans les 12 derniers mois. Pour les femmes qui se sont mariées avant l’âge de 15 ans et qui ont déclaré la violence physique par un conjoint, la violence pourrait avoir lieu avant 15 ans.

2 Y compris les femmes pour lesquelles la fréquence des 12 derniers mois n’est pas connue.

3Y compris 10 femmes pour lesquelles le statut d’emploi est non déterminé et 7 femmes pour lesquelles le niveau d’instruction est non déterminé.

Parfois = 1-6 fois dans l’année, Souvent = 7 fois ou plus dans l’année.

Recueille  du tableau 17-1 de violence domestique EDS-MICS.

 

1 Comment

  1. Ahamed dit :

    Hélas, c’est un tabou dans beaucoup de pays et le notre n’est pas à l’abri.

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