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La déforestation aux Comores

Par Daniel Ben Ali Fahad

L’objectif de cette note est de mener une réflexion sur le défrichement de la forêt Comorienne et sur la politique environnementale des décideurs.

La forêt aux Comores a subi une destruction massive ces dernières années. Ce qui expose le pays aux problèmes environnementaux, telle que la sécheresse, le glissement de terrain, la disparition de certaines espèces…. Le déboisement est très marqué sur l’île d’Anjouan. L’utilisation du bois par la population sert surtout au chauffage, à la distillerie et à la construction des maisons. Cette réflexion sera centrée dans un premier temps sur les causes du déboisement de la forêt. Ensuite, nous verrons les conséquences de la déforestation aux Comores ainsi que les politiques publiques menées pour la préservation de la forêt comorienne. Enfin nous ferons quelques suggestions pour la préservation de la forêt.

Le déboisement de la forêt aux Comores: une menace de l’écosystème environnemental comorien.

Aux Comores, comme dans beaucoup de pays du tiers monde la population utilise le bois pour leurs besoins vitaux.

D’une part, le bois est utilisé quotidiennement pour la cuisson dans les foyers. Le bois[1] de chauffe est le principal combustible (78% des besoins) aux Comores. Une très grande partie des ménages n’a pas les moyens de cuisiner avec le pétrole ou le gaz.

D’autre part, la construction des maisons en paille ou en dur accentue l’abattage des arbres. En effet, les maisons en paille nécessitent une quantité de bois assez conséquente, avec un renouvellement de ce bois environ tous les trois ans. Quant aux maisons en dur l’utilisation accrue du bois se fait tout au long de la construction : au moment de poser la fondation et dans les différentes manœuvres (planche, chevron, maboundra …). Sans compter que pour les populations, la forêt une source de bois moins chers par rapport aux bois venant de l’extérieur.

Par ailleurs, le déboisement de la forêt permet d’accéder à des nouvelles parcelles plus fertiles pour les cultures vivrières. L’alimentation étant primordiale, les paysans défrichent la forêt afin de s’assurer de meilleures récoltes. A Adda[2], l’agriculture familiale est l’activité principale de plus de 90% des habitants du village. Avec la perte de fertilité des sols et l’accroissement rapide de la population, les agriculteurs se retrouvent obligés de défricher des parcelles plus fertiles dans la forêt primaire pour améliorer leurs récoltes.

Il s’ajoute encore au compte de déboisement, l’utilité du bois pour l’extraction des essences des fleurs d’ylang-ylang. En effet la distillerie d’ylang-ylang nécessite une quantité très importante de bois pour extraire l’essence. Le bois estimé dans les distilleries est près de 80% des 873 000 m3 de la biomasse consomme chaque année.

Il faut noter deux facteurs majeurs amplifiant le phénomène de la déforestation, à savoir la croissance démographique et la venue des techniques modernes telle que la Cie électrique. L’accroissement de la population s’accompagne d’un accroissement de l’utilisation du bois pour les besoins précités : alimentations, nouvelles constructions, gagner un peu de revenu etc. Et la venue de la Cie électrique a révolutionné l’abattage des arbres en réduisant le temps, les coûts et en augmentant la quantité des arbres abattus par jour.

Dans cette optique, nous ne pouvions terminer notre réflexion sans montrer les conséquences de la déforestation sur un archipel fragile par définition.

Les conséquences de la déforestation :

La déforestation n’est pas sans conséquences aux Comores. D’après les Nations Unies, de 2000 à 2010, le taux de déforestation aux Comores atteint 9.3% par an, soit le taux le plus élevé au monde. Le déboisement de la forêt constitue un réel danger pour ce pays insulaire. Le rôle vital des forêts[3] est avéré. Sans elles, les sécheresses ou les inondations s’amplifient, les terrains s’érodent avec des glissements majeurs dont le dernier à Anjouan a causé le déplacement de plusieurs personnes. Le réchauffement climatique s’accentue, les espèces végétales et animales disparaissent. Les forêts naturelles Comoriennes disparaissaient à un rythme vertigineux. La proportion des zones forestières par rapport au territoire national est passée de 6.6% en 1990 à 3.2% en 2000. Le défrichement de la forêt a entrainé des conséquences environnementales notamment la sécheresse, le glissement de terrain, l’érosion des sols, l’extinction de certaines espèces (les petits ducs, les lémuriens, les chauves souris Livingstone …).

La sécheresse a beaucoup marqué le pays ces dernières années. À Anjouan, Le nombre et le débit de nombreuses rivières ou ruisseaux et sources ont fortement diminué au cours des trois dernières décennies.

Les terrains nus exposés au soleil perdent leurs fertilités et deviennent fragiles en saison de pluie, entrainant des érosions des sols et parfois des glissements des terrains dont les conséquences en pertes de vies humaines demeurent dramatiques.

La biodiversité[4] terrestre endémique aux Comores appartient aux écosystèmes forestiers. La perte forestière constitue la principale menace pour de nombreuses espèces en voie d’extinction. La Roussette de Livingstone[5], chauve-souris endémique des îles d’Anjouan et Mohéli, est en danger d’extinction. Son habitat est menacé par les glissements de terrain et le déboisement, et aujourd’hui il ne reste que 1300 individus de cette espèce. Ces mêmes raisons expliquent l’extinction de la roussette de Livingstone, mais également les lémuriens (mongoz) ou makis.

Au vu de toutes ces conséquences qui s’enchainent, une question se pose : « Que font les responsables politiques ? »

Quelles actions politiques pour la forêt ?

Le gouvernement[6] de l’union des Comores n’a de cesse de tirer la sonnette d’alarme et essaye d’entreprendre avec ses partenaires un certain nombre d’initiatives.

Avec l’appui technique et financier du Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO), le ministère en charge de la forêt a planifié un projet « Appui au Programme Forestier National » de 2008 à 2012.

Avec d’autres partenaires des projets ont vu le jour depuis 2009 notamment :

« Projet de gestion durable des terres», « Projet d’adaptation de l’agriculture aux changements climatiques »… l’Etat comorien a initié une campagne nationale de reboisement sous le thème « un Comorien, un arbre » qui a permis de reboiser 850 hectares des terres juste au cours de l’année 2013. Toutefois ces campagnes temporaires rencontrent difficilement du succès en l’absence de suivi.

Les politiques Comoriens sont à la recherche de financement pour mettre en œuvre d’autres projets tels que : « le plan d’action national de développement forestier », « le plan d’action de l’environnement », «  le plan d’action de conservation de la biodiversité »

A coté de tous ces efforts menés par le gouvernement quelques recommandations à l’égard du ministère charge de la forêt.

 

Recommandations :

  • Sensibiliser et impliquer encore plus les populations dans ces projets.
  • Mener régulièrement des études sur l’impact de ces projets.
  • Annuler toutes barrières douanières et favoriser l’importation du bois.
  • Chercher une forme d’énergie aux distilleries d’ylang-ylang autre que le bois (électricité ou géothermie).
  • Mener une éducation environnementale scolaire et extrascolaire pour les jeunes.
  • Structurer l’urbanisation de façon à gagner de la place pour l’agriculture et revoir la politique sur la naissance, surtout à Anjouan.
  • Impliquer l’armée nationale de développement(AND) dans la protection et le reboisement de la forêt.
  • Réglementer et imposer une taxe importante sur l’importation des Cie électriques.

Copyright © 2015, Comores2016-2021
Cette note  peut être reproduite en totalité ou en partie, et sous n’importe quelle forme, à des fins éducatives ou non lucratives sans autorisation spéciale du propriétaire du copyright à condition que sa source soit mentionnée

[1]              _ Référence accessible sur : http://unfccc.int/resource/docs/natc/comnc1.pdf

[2]              _ Référence accessible sur : https://forests2015.wordpress.com/2015/07/29/les-agriculteurs-comoriens-se-mobilisent-pour-preserver-leur-foret/

[3]              _ Référence accessible sur : http://www.cetri.be/Deforestation-a-qui-profite-le

[4]              _ Référence accessible sur : http://www.ecddcomoros.org/fr/les-comores/situation-environnementale/

[5]              _ Référence accessible sur : https://forests2015.wordpress.com/2015/07/29/les-agriculteurs-comoriens-se-mobilisent-pour-preserver-leur-foret/

[6]              _ Référence accessible sur : http://www.un.org/esa/forests/pdf/session_documents/unff10/statements/april-9/AM_1_COMOROS.pdf

2 Comments

  1. Sandia dit :

    Super article!

    Je pense qu’il est véritablement temps de mettre en place des politiques d’urbanisation aux Comores: chaque membre d’une famille veut construire sa propre maison, donc on arrache des arbres (que beaucoup de comoriens trouvent inutiles car ça ne rapporte pas de l’argent).
    La base reste quand même de sensibiliser la population parce que j’ai l’impression (ce n’est peut-être qu’une impression) qu’elle ne s’en rend pas compte.

    • Daniel Ben Ali Fahad dit :

      Sandia merci,
      Mais on a besoin de l’aide de tout monde pour cette sensibilisation des populations, en commençant par nos proches, nos amis, nos voisins….
      Comme vous l’avait dit beaucoup de gens ne se rendent pas compte de l’utilité de la forêt.
      Donc à nous(moi, toi,…) de tirer leurs attentions en leur montrant les conséquences de la déforestation.

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