La voie maritime aux Comores: Seule l’insécurité semble  garantie.

L’extinction de la roussette de Livingstone, une espèce endémique aux Comores : une catastrophe écologique.
31 janvier 2016
Aujourd’hui ceux qui sont aux Comores vivent l’Enfer #Par Mladjao Abdoul Anlym »
14 février 2016

La voie maritime aux Comores: Seule l’insécurité semble  garantie.

Par Daniel Fahad

L’objectif de cette note est de mener une réflexion sur la sécurité de la voie maritime aux Comores.

L’union des Comores est un Etat insulaire, situé à l’entrée nord du canal de Mozambique, à équidistante (300km) entre les côtes mozambicaine et malgache. La voie maritime reste l’une des deux seules voies de relier les Comores avec le reste du monde. Elle demeure également, la voie la plus pratique entre les îles de l’archipel. La sécurité maritime aux Comores est une préoccupation urgente à régler. Des vies humaines sont en jeux chaque jour, dans cette voie où l’insécurité semble la seule chose garantie. Des accidents graves aux lourdes pertes de vies humaines, ne cessent de se répéter.

Quelle valeur pour les vies humaines, dans cette voie tragique ?

Ainsi en 1er lieu, nous verrons la nécessité de cette voie maritime. Puis nous nous remémorerons des différents drames survenus dans cette voie ces dernières années. Et enfin  avant de faire quelques recommandations, nous verrons les acteurs maritimes sécuritaires.

Les enjeux de la voie maritime aux Comores :

Aux Comores, la circulation inter-îles ou avec le reste du monde, se fait exclusivement  par deux voies : soit par voie aérienne, soit par voie maritime. Les Comores sont fortement dépendantes[1] des transports maritimes, par lesquels s’effectuent l’essentiel des échanges internationaux et insulaires. Malgré ces capacités portuaires limitées, le secteur du transport maritime n’a cessé d’augmenter. On distingue deux types de circulations maritimes aux Comores  à savoir :

Une microcirculation, qui s’effectue entre les îles de l’archipel. Elle assure le transport des biens et des personnes. Il faut souligner que les compagnies de transport locaux utilisent des bateaux le plus souvent d’occasion trop amortis  (deuxième, troisième main) et mal entretenus. La sécurité étant leur dernière préoccupation, ces liaisons maritimes[2] ne respectent pas les règles internationales de sécurité et de sûreté. Ces bateaux sont surchargés de marchandises et de personnes dépassant largement leurs capacités requises. Des petites embarcations dénommées « Kwassa-kwassa » assurent de temps en temps ces traversés également entre les îles et surtout entre l’île d’Anjouan et Mayotte. Le secteur maritime reste indispensable au développement de l’archipel. D’ailleurs, plusieurs ports secondaires et de nouvelles liaisons inter-îles étaient envisagés pour accentuer les échanges intérieurs. Notons que, des bateaux de moyennes capacités, peuvent transporter des conteneurs du port de Mutsamudu vers les ports de Moroni et de Longoni. Ainsi les distances des liaisons maritimes, qui  s’élargissent aux pays frontaliers voire lointains, vont donner au deuxième type de circulation.

Une macro circulation qui relit les Comores avec le reste du monde. Ces types des liaisons maritimes sont particulièrement assurés par des gros navires de société étrangère. Ces dernières effectuent de longs trajets. Elles déchargent et /ou chargent des conteneurs (contenant des marchandises, des matières premières, des produits fini, etc.) en provenance ou à destination des quatre coins du monde. Le port de Mutsamudu connaît un trafic très développé et en croissance régulière (environ 32 000 conteneurs en 2007). Ce port en eau profonde relativement important, accueille des navires de gros tonnage et joue un rôle de centre de redistribution vers les principaux ports régionaux. Ce port confère les Comores, une position maritime stratégique dans la sous région. Des bateaux locaux de moyennes capacités desservent l’union des Comores malgré leurs manques sur les mesures de sécurités. Ils relient les pays voisins,  surtout la Tanzanie et le Madagascar  avec les Comores. Ils transportent surtout des zébus, des produits finis et des passagers.

En somme, les enjeux de la voie maritime aux Comores sont de plus en plus grandissants chaque année. Ils viseraient à développer les échanges intérieurs de l’archipel et au niveau régional  mais également à confirmer la position géostratégique des Comores, en les faisant un carrefour maritime incontournable du sud-ouest de l’océan indien. Cette voie maritime reste  gravée de lourdes pertes matérielles et de vies humaines. Des naufrages ne cessent de se répéter ces dernières décennies. Ces derniers nous interpellent à la mémoire de ces pertes massives.

Les naufrages incessants: malchance ou négligence ?

Comme toute voie de circulation, des accidents peuvent se produire ; toutefois les naufrages incessants, qui surviennent au cours des liaisons entre les îles comoriennes et /ou entre ces dernières et les pays frontaliers (Madagascar, Tanzanie) sont très meurtriers. Les victimes de ces drames se comptent par des centaines de milliers. Malgré cela, la sécurité dans cette voie maritime reste toujours négligée.

Ainsi, le bras de mer,  séparant l’île d’Anjouan de l’île sœur de Mayotte soit 70km de distance, constitue l’un des grands cimetières maritime au monde. Ces petites embarcations « kwassa-kwassa » sans aucune mesure de sécurité, assurent quotidiennement la navette entre Mayotte et les 3 îles sœurs surtout Anjouan. Des milliers des gens ont perdu leurs vies et des milliers d’autres continuent à y perdre jusqu’alors. Ces drames humains se passent sous les yeux des gouvernements comoriens et français. Ce dernier occupe la 4ième île de l’archipel des Comores malgré son ascension à l’indépendance comme les 3 autres îles en 1975. Il impose un visa dit « visa Balladur » depuis[3] 1993 isolant le peuple comorien des 3 autres îles à celui de Mayotte. Chaque jour des dizaines voire des centaines de Comoriens y laissent leurs vies.

Les bateaux, des compagnies maritimes comoriennes assurant les liaisons officielles entre îles et vers les pays frontaliers des Comores, sont touchés également par ces problèmes d’insécurité. 12 ans après le naufrage du Samson dont  3 rescapés sur les 120 personnes à bord, l’accident de ce bateau reliant Comores Madagascar reste non élucidé. Il y a eu d’autres avant lui, c’est le cas du bateau « Niati-soifat » avec plus d’une cinquantaine de victimes. Là aussi, non élucidé. Et plein d’autres après:

  • En 2006, le bateau[4]« Al Mubaraka », qui a sombré, faisant 20 morts et 33 disparus. Il reliait Mahajanga- Mutsamudu, non élucidé.
  • Le navire[5] « Île d’Anjouan » a fait naufrage, près des côtes tanzaniennes avril 2009, parti de Dar-Es-Salam pour les Comores. Des difficultés météorologiques étaient signalées.
  • Le bateau « Madjiriha » péri en Aout 2011 après avoir cogné sur une roche au sud de Ngazidja, près de 57 victimes sur une centaine. Il reliait Moroni – Mutsamudu selon des médias[6], c’était un bateau en panne de moteurs, une surcharge comme cause de l’accident, c’est après 8heures de temps d’alerte que les secours ont commencé à se rendre sur les lieux.
  • Le bateau « Hichima » dernière en date, il a fait naufrage octobre 2015. Près des côtes de Dar-es-Salam environ 60km, trop surchargé. Un mort est à déplorer.

Les victimes des naufrages s’accumulent et malgré cela la sécurité de la voie maritime ne semble toujours pas être une priorité des autorités. Pourtant, face à l’ampleur de ces drames, des  responsabilités doivent être clairement identifiées  d’autant que des mesures sécuritaires s’imposent.

Les acteurs: une sécurité minimale à la voie maritime.

La sécurité de la voie maritime aux Comores est urgente à traiter sans délai afin d’éviter ces drames humains. Depuis 2001, l’union des Comores[7] est devenue membre de l’organisation maritime internationale (OMI). Pour autant, la sécurité maritime aux Comores reste à déplorer. Rappelons que cette dernière[8] est une institution spécialisée des Nations Unies chargée d’assurer la sécurité et la sûreté des transports maritimes et de prévenir la pollution des mers par les navires. Cette voie primordiale de l’archipel nécessite un minimum de sécurité pour la protection de la vie en mer.

« Les accidents et incidents impliquant des traversiers intérieurs peuvent être évités si les lois, réglementations et règles sont élaborées et mises en œuvre efficacement et appliquées » a déclaré le SG de l’OMI, M. Sekimizu lors de la conférence de l’OMI à Manille. Les périls[9] en mer ne font pas de distinction entre les navires effectuant des voyages internationaux ou non internationaux et la protection de la vie en mer est une obligation morale. La sécurité, des transports maritimes est une responsabilité partagée entre les gouvernements et entre les armateurs de navires, les opérateurs de navires; du personnel de bord; les sociétés de classification et les organisations qui autorisent les gouvernements à étudier et certifier ces transports pour la conformité avec les lois. Les fournisseurs d’assurance, les autorités portuaires, les propriétaires et les exploitants de terminaux portuaires ont également une responsabilité.

Les normes sur l’ensemble des bateaux de transports doivent être respectées. Cependant nous ferons quelques recommandations aux autorités portuaires et des transports.

Recommandations :

  • Renforcer la surveillance sur le transport des biens et des personnes à ne pas dépasser les capacités requises du navire.
  • Veiller aux respects des mesures de sécurité à bord de chaque
  • Veiller aux qualifications du personnel de bord de chaque bateau sur la voie maritime comorienne.
  • Veiller aux respects des conditions météorologiques avant tout navigation en mer.
  • Trouver avec la France une solution afin d’éviter ce drame humain sur le bras de mer Anjouan-Mayotte.
  • Avoir des gardes côtes pouvant intervenir dans des sauvetages en mer.
  • Exiger des assurances auprès des compagnies maritimes qui desservent les ports comoriens.
  • Mener des études sur cette voie maritime afin de mieux la sécuriser.

Mots clés : voie maritime, insécurité, naufrage, perte des vies, Comores.

Copyright © Comores2016-2021.org. Cette note  peut être reproduite en totalité ou en partie, et sous n’importe quelle forme, à des fins éducatives ou non lucratives sans autorisation spéciale du propriétaire du copyright à condition que sa source soit mentionnée.

[1]                    [1] Référence sur : http://unctad.org/fr/Docs/diaepcb2011d4_fr.pdf

[2]                    [2] Référence sur : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays/comores/

[3]                    [3] Référence sur : http://www.rfi.fr/afrique/20140607-comores-mayotte-kwassa-kwassas-dangereuses-traversees-kwassa-kwassas-comores-mayott

[4]                    [4] Référence sur : http://www.redcross.int/FR/mag/magazine2012_3/26-28.html

[5]                    [5] Référence sur : http://www.zinfos974.com/Un-bateau-comorien-fait-naufrage-pres-de-la-Tanzanie-un-mort_a5851.html

[6]                    [6] Référence sur : http://www.alwatwan.net/v2/index.php?home=actu.php&title=Naufrage-du-bateau-A-Madjiriha-A-en-Grande-comore-prA-s-de-57-victimes-repA-chA-es-et-6-1-rescapA-es&actu_id=3349

[7]                    [7] Référence sur : http://www.imo.org/fr/About/Membership/Pages/MemberStates.aspx

[8]                    [8] Référence sur : http://www.imo.org/fr/About/Pages/Default.aspx

[9]                    [9] Référence sur : http://www.imo.org/en/MediaCentre/PressBriefings/Pages/16-ferry-conf-Manila.aspx

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *