L’alcoolisme auprès des jeunes comoriens : un phénomène destructeur.

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L’alcoolisme auprès des jeunes comoriens : un phénomène destructeur.

Par Daniel Ben Ali Fahad

L’objectif de cette réflexion est d’analyser le phénomène de l’alcoolisme, qui touche de plus en plus la jeunesse comorienne.

Depuis des siècles, l’homme connait la boisson alcoolisée et ses conséquences sur l’organisme en cas d’abus. Néanmoins, dans certains pays comme les Comores, la consommation de l’alcool était rare voire même un tabou.

Toutefois, un changement radical s’est opéré dans la société Comorienne. A l’orée de ces deux dernières décennies. La jeunesse Comorienne s’adonne à l’alcool malgré les problèmes socio-sanitaires qui  affectent l’homme mais aussi son entourage, surtout chez les personnes à faibles revenus.

Trois arguments président cette réflexion. Il s’agira de voir : les causes de ce changement brusque vers l’alcool, ensuite ses conséquences sanitaires et sociétales et enfin quelques recommandations.

L’accroissement de l’alcoolisme au sein de la jeunesse comorienne 

Toute société évolue et s’adapte avec le temps. Néanmoins l’évolution doit suivre une courbe ascendante vers le progrès et non le contraire. Des fléaux peuvent y prospérer malgré la morale et la religion. L’alcoolisme s’est beaucoup développé ces vingt dernières années aux Comores, touchant surtout la jeunesse dans son ensemble  (garçons comme filles). Ce changement s’expliquerait premièrement par l’ouverture accélérée vers le monde extérieur (voyage, télévision, les réseaux sociaux…), suivie de la démission des autorités morales. Enfin la vulgarisation et la publicité accrues de la boisson alcoolisée faisant des jeunes alcooliques, des gens  « branchés ».

Historiquement l’insularité a toujours poussé les comoriens à la découvertes d’autres horizons. Ces dernières années, ce phénomène s’est accru. Un nombre important des bacheliers (la plupart, des jeunes de 18 à 20 ans) partent étudier à l’extérieur et donc se retrouvent dans des pays de diverses cultures. Dans ces pays d’accueil (Madagascar, France, Ouganda, Sénégal, Russie…), l’alcool est en accès libre et en fait partie des us. Par ailleurs, les séjours fréquents  des commerçants à l’extérieur  finissent par leur faire accepter l’idée de l’alcool. S’agissant des expatriés comoriens, certains d’entre eux, ont intégré la consommation de l’alcool dans leur mode de vie. Les médias visuels participent également à ce fléau en véhiculant les stéréotypes de l’alcool vu par d’autres sociétés notamment occidentales. Rappelons également que ce phénomène s’est accompagné de l’ouverture et de la vente libre de l’alcool au pays depuis le régime de Djohar.

La démission des autorités morale, l’Etat a laissé se développer certaines pratiques, tel que la production locale de vin de palme (thémbo vourga) qui historiquement se pratiquait en cachette. La  fermentation de cette boisson locale se pratique désormais  au vu et su de tout le monde. Il s’agit d’un alcool artisanal extrêmement dangereux car nul ne connait le degré de teneur en alcool de la fermentation. Il arrive que des groupes de jeunes se soulent dans les lieux publique sans être inquiéter. De nos jours, la boisson alcoolisée est très accessible à tout le monde (adulte comme mineur). De nombreux points de ventes publics et clandestines poussent comme du champignon sur le territoire national. Rappelons que vingt ans avant l’alcool importé, était exclusivement réservés aux touristes étrangères ainsi qu’au corps diplomatique. Un comorien même adulte, l’achat d’une boisson alcoolisée lui était interdit.

Des publicités accrues apparaissent à  la télévision. C’est l’exemple lors des diffusions de matchs de football, les publicités comme ceux de Heineken, 33’export inondent les écrans….

Certains enseignants délaissent leurs rôles éducatifs en dehors du milieu scolaire. Qui consistait à conseiller, orienter et renforcer la morales des jeunes sur le savoir, le savoir-faire, le savoir être, les valeurs culturelle et traditionnelle mais aussi sur le sens de la responsabilité. Certains parents également délaissent leurs responsabilités et d’autres même sont dépassés. Les mères célibataires ou divorcés ont du mal à jouer en même temps leur rôle affectif de mère et le rôle du père qui est surtout morale, de guide, de contrôler en dehors même du foyer. Le jeune devient facilement victime des mauvaises influences de la rue tel que boire l’alcool « c’est la mode », « c’est vivre avec son temps », « c’est être rasta ou être cool », « c’est la jeunesse », « c’est la modernité ou la mondialisation », « c’est être civiliser » etc.

La combinaison de tous ces mécanismes oriente aveuglement la jeunesse vers la boisson alcoolisé voire une addiction à celui-ci à long terme, entraine des séquelles irréparables.

Les conséquences d’une société touchée par l’alcoolisme :

Les conséquences sanitaires et sociétales dues à l’alcoolisme sont assez nombreux et dramatiques. L’usage nocif de l’alcool entraîne dans le monde 3,3 millions de décès chaque année, soit 5,9% des décès (OMS, janvier 2015). Elle provoque des pertes[1] économiques et sociales importantes pour les individus comme pour la société dans son ensemble. La consommation d’alcool est un facteur étiologique[2] dans plus de 200 maladies et traumatismes.

En tant que substance psycho active[3], la molécule d’éthanol produit également des effets immédiats sur l’humeur, la fonction motrice et les processus cognitifs. Sa consommation est associée au risque d’apparition de problèmes de santé tels que les troubles mentaux et  comportementaux, la dépendance à l’alcool, les maladies non transmissibles majeures telles que la cirrhose du foie, certains cancers et les maladies cardiovasculaires, ainsi que les traumatismes résultant d’actes de violence et d’accidents de la circulation.

Au cours de l’adolescence, l’alcool peut conduire à des modifications structurelles de l’hippocampe (une partie du cerveau impliquée dans le processus d’apprentissage). L’exposition[4] du fœtus à l’alcool chez la mère enceinte entraîne de graves problèmes, dont l’alcoolisme fœtal et le syndrome d’alcoolisation fœtale, et se rattache à des problèmes sociaux ou à des troubles du comportement comme la délinquance.

Les méfaits sociaux importants que l’on peut relier à l’alcoolisme sont les problèmes familiaux et relationnels, les actes de violence et la marginalisation sociale.

La société comorienne bien qu’elle soit majoritairement musulmane[5] à 98.4% de la population ; sa jeunesse est confrontée à un défi (alcoolisme) important qu’elle semble déjà perdue. Elle boit l’alcool quotidiennement mais plus encore pendant certaines occasions tels que les mariages, les soirées, les pique-niques (voulé), les fêtes…

Ce phénomène gangrène la cité comorienne et les autorités habilitées à prendre des décisions semblent ne pas s’en soucier. Malgré la connaissance de ces pratiques grandissantes, aucune disposition visant à étudier ou à lutter contre l’alcoolisme n’a été pris par les représentants de l’union des Comores. La consommation commence très tôt puisque 5 % des 12-14 ans déclarent qu’ils boivent[6].

Force est de constater que ces jeunes gens, qui partent à l’extérieur pour les études supérieures,  ce sont ceux qui avaient déjà connu la boisson alcoolisée  au pays qui s’enivrent le plus. Plus inquiétant encore, ce phénomène séduit des novices. C’est le cas au Sénégal où une partie de la jeunesse comorienne garçons comme filles consomme l’alcool librement dans les bars, les boites de nuits, dans certaines occasions comme le 31 décembre, etc. Idem pour la où dans certains soirées même comoriennes finissent dans des bagarres et des violences et dont l’origine demeure l’alcool.

Autres faits inquiétants, certains enfants comoriens qui naissent à l’étranger comme en France ou à Madagascar, tombent facilement dans l’ivresse et pourtant ils se déclarent de foi musulmane.

Plus les jeunes consomment l’alcool, plus ils risquent de commettre des actes violents. L’alcool étant relié à un certain nombre de comportements délictueux, notamment la violation des lois, le fait de conduire en état d’ébriété.

Les individus qui sont initiés tôt à l’alcool, qui en ingèrent de grandes quantités ou qui boivent souvent sont plus sujets que les autres à devenir auteurs ou victimes d’actes violents.

L’alcoolisme accentue également la pauvreté dans les familles à faible revenu. Ce qui s’expliquerait par l’utilisation de ces faibles revenus pour étancher sa dépendance.

Une large partie de la jeunesse comorienne consomme de plus en plus la boisson alcoolisée et ce malgré les répercussions sanitaires, économiques et sociales. Notons qu’à côté de l’alcool importé, il faut signaler la production artisanale de ce dernier, qui reste très inquiétante du simple fait qu’on ne connait pas la teneur en alcool de ces fabrications locales.

C’est dans ce contexte que nous ferons quelques recommandations aux autorités concernées (ministère de la santé et de la Cohésion sociale ; ministre de la Justice ; ministre de l’Intérieur, les parents…).

Recommandations :

  • Appliquer les lois excitant contre l’alcool pour protéger le peuple.
  • Prendre en main vos responsabilités sécuritaires et morales.
  • Mener des études sur l’impact de l’alcoolisme au sein de la société.
  • Lutter contre les points de ventes clandestins de l’alcool.
  • Réglementer l’importation et la production artisanale de l’alcool.
  • Equiper chaque île au moins d’une structure équipée, qui aidera au sevrage des alcoolo-dépendants.
  • Promouvoir des programmes d’information scolaire et médiatique sur l’alcool et ses dangers, qui mobiliseraient la jeunesse, les parents et les collectivités.

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Cette note  peut être reproduite en totalité ou en partie, et sous n’importe quelle forme, à des fins éducatives ou non lucratives sans autorisation spéciale du propriétaire du copyright à condition que sa source soit mentionnée.

[1] Référence sur : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs349/fr/

[2]  Référence sur : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs349/fr/

[3] Référence sur : http://www.who.int/substance_abuse/expert_committee_alcohol_trs944_french.pdf

[4] Référence sur : http://www.phac-aspc.gc.ca/sfv-avf/sources/nfnts/nfnts-yviolence-alco/index-fra.php

[5] Référence sur : http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:http://www.liberte-religieuse.org/comores/

[6] Référence sur : http://www.lexpress.mu/article/mayotte-les-jeunes-s%E2%80%99enivrent-sans-se-cacher

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