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L’érosion côtière aux Comores : une catastrophe négligée

 Par Daniel Ben Ali Fahad

L’objectif de cette note est de lancer un crie d’alarme sur cette catastrophe négligée par les décideurs.

Les Comores sont quatre îles situées dans l’océane indien. Etant des îles, elles sont totalement ouvertes à la mer avec plus de 340 km de côtes[1]. Le réchauffement climatique qu’a subi la terre ces dernières décennies, a fait de l’union des Comores l’un des Etats les plus menacés. Les  catastrophes climatiques notamment l’érosion côtière, les cyclones, les glissements de terrain deviennent de plus en plus fréquents. La montée des océans s’accompagne d’une érosion des côtes dans les pays bordés par la mer. Ceci est beaucoup plus visible et perceptible dans les Etats insulaires comme l’union des Comores. Quels enjeux pour l’érosion côtière aux Comores ? Quelle réelle solution contre ce phénomène? La compréhension de ce phénomène aux Comores passe par : les causes et les conséquences de cette érosion, puis les moyens de la préservation des côtes. Enfin quelques recommandations.

L’élévation du niveau de la mer et L’extraction des agrégats côtières aux Comores :

Aux Comores, l’érosion côtière est restée un phénomène en progression ces dernières décennies. Cette catastrophe est très marquée sur l’ensemble des îles comoriennes en particulier à Anjouan.

En effet, l’érosion côtière aux Comores est caractérisée par deux phénomènes majeurs et dont les causes relèvent de la responsabilité humaine sans doute. L’augmentation du niveau de la mer et l’extraction de certains matériaux côtières tels les agrégats (sable, gravier)  font des côtes Comoriennes victimes de l’érosion.

Le réchauffement climatique a provoqué des changements qui aboutissent à plusieurs problèmes notamment la fonte des glaciers accompagnée de la dilatation thermique de la mer (une eau chaude[2] est plus volumineuse qu’une eau froide) et donc de la montée du niveau de la mer. La surélévation du niveau marin, renforcée par l’effet de serre, déclenche une transgression progressive de la mer dont les conséquences sont une érosion avec un recul du trait de côte, des inondations des zones côtières, etc. Ces deux dernières décennies[3], la dilatation thermique de l’océan et la fonte des glaciers ont contribué chacune environ 30 % à la hausse observée du niveau de la mer.

A côté des causes climatiques, s’ajoutent des actions anthropiques (Homme). L’extraction des matériaux dans la zone côtière amplifie l’érosion côtière aux Comores. L’activité d’extraction[4] de matériaux (sable, galets, graviers, coraux) est pratiquée pour les besoins de la construction sous la pression d’une urbanisation forte, anarchique et localisée essentiellement sur les littorales.

Rappelons que l’extraction aux Comores est une activité informelle, qui crée des emplois pour les familles pauvres et la femme est très représentée. Théoriquement, l’activité d’extraction du sable marin est réprimée par la loi. Pourtant, celle-ci est fortement pratiquée partout sans qu’aucune mesure concrète de répression ne soit prise.  La Politique Nationale de l’Environnement prône la promotion de matériaux de substitution et des activités alternatives. Mais aucune mesure permettant de concrétiser ces déclarations d’intention n’est jusqu’à présent prise par les autorités publiques.

Selon des études économiques réalisées par le PRE COI sur la filière « sable » en Grande Comore, la demande en sable était estimée à 121.953 m3 en 1997. Les stations de concassages opérationnelles couvrent 52% de la demande soit 64.366 m3, le reste est fourni par les petits exploitants de sable de mer.

Soulignons également  les dépôts terrigènes qui provoquent  la mort des écosystèmes côtiers (coraux, mangroves, herbiers…), servant des zones de protection indispensable de l’interface terre/mer.

L’extraction des agrégats côtiers n’est pas sans conséquence aux Comores. Elle serait la principale cause de l’érosion côtière, accentuée par la montée du niveau de la mer.

Les conséquences de l’érosion aux Comores.

L’érosion côtière aux Comores, se traduit par l’avancée de la mer vers la terre ferme, engendrant  la destruction d’infrastructures, des maisons, des inondations des régions basses. Les retentissements de cette érosion aux Comores sont surtout d’ordre humanitaire et économique.

Aux Comores, L’érosion côtière[5] s’observe sur de nombreux sites : A Ngazidja, elle s’étend d’Iconi à Domoni, sous les falaises de Djomani à Ndzaouzé, à Ndroudé, Dimani, Foumboni et à Chindini. A Anjouan, l’érosion côtière est provoquée principalement par le prélèvement des matériaux  le long de l’itinéraire routier Mutsamudu- Sima- Pomoni ce qui conduit à une fragilisation du littoral et une modification de sa zone tampon permettant ainsi le grignotage de la plate-forme routière ou sa destruction lorsqu’elle longe la côte. A Mohéli, le phénomène reste moindre. L’érosion côtière est ponctuelle, sur de petites parcelles de côtes et peut être attribuée à l’avancée de la mer.

Des impacts de l’érosion sont parfaitement identifiés par les études locales (CN- COM – DG-T …). La disparition de plages : un chiffre de 60 à 80 % est avancé. La DG-T signale en 10 ans, la perte de 11 plages sur 25 en Grande Comore et de 7 sur 18 à Anjouan (plages d’intérêt touristique). A Mohéli, le phénomène semble plus limité. Les dommages à l’urbanisation (habitations et infrastructures routières à Anjouan). Les dommages écologiques (sites de ponte de tortue détruits, déséquilibres faunistiques et floristiques sur les espaces concernés, littoraux et pré-littoraux …). Les dommages économiques (les poissons se raréfient sur des sites érodés, perte du potentiel touristique …) et les atteintes au cadre de vie et aux paysages.

Les zones[6] côtières sujettes à des inondations sont surtout localisées à Anjouan et Mohéli. La perméabilité des sols de la Grande Comore fait que les secteurs très plats de la zone côtière ne seront pas inondés. Il s’agit notamment des linéaires côtiers de Pomoni (3 km de long sur 150 m de large), d’Ongoni (1,5 km), d’Hajoho (1,5 km), de Bimbini (1,3 km) à Anjouan et de Wallah (300 m) à Mohéli. En cas d’extrême changement climatique et avec l’éventualité que d’ici 2050 les parties côtières soient presque toutes occupées par l’urbanisation, beaucoup de villages seront inondés. Les populations qui seront amenées à se déplacer vers l’intérieur induiront un coût élevé pour le pays et des problèmes psychologiques pour ces populations. Des pertes considérables au niveau des infrastructures côtières évaluées à environ 400 millions de $US. Cependant des mesures adéquates sont à amener contre ce phénomène.

Des solutions adéquates et durables contre l’érosion.

Des mesures durables s’imposent contre l’érosion côtière aux Comores, afin d’éviter à ce pays insulaire une crise des réfugies climatiques et des pertes économiques énormes. Notons que la zone côtière[7] des îles comoriennes abrite la plupart des grandes agglomérations urbaines où réside approximativement 41 % de la population du pays. Les infrastructures (ports, aéroports, centrales électriques, dépôt d’hydrocarbures, routes, ouvrages d’art, monuments historiques et digues) sont construites à proximité de la mer.

L’arrêt d’extraction des matériaux côtiers reste incontournable pour la préservation du littoral. Les matériaux côtiers font partie des éléments intégrant de la zone tampon entre le littorale et la mer. Cette zone tampon demeure la première défense du littoral.

Des digues sont érigées dans certains endroits pour protéger les habitations, les infrastructures etc. On peut citer à Mohéli, les digues construites à : Mdjoiézi (200m) et Domoni (20m). La construction en novembre 2009, de quatre nouveaux murs à Anjouan : à Mirontsy, Bimbini, Chitsangachelle et Domoni. A la Grande Comore,  environ 4 Km de digues de protection localisés à: Mitsamiouli (300m), Bouni (160m), Banguoi kouni (200m), Itsandra (800m), devant l’AFC (250m), Moroni (500m), Iconi_M’bachilé (2 km). La pérennisation  de ces mûrs entre la terre ferme et la mer, nécessite l’édification d’autres digues en mer (brise lame) afin de  diminuer la puissance des vagues avant d’atteindre les côtes. Malheureusement de telles mesures ne sont pas entreprises aux Comores pour amortir la puissance des marées sur ces ouvrages de protection. Conséquences : d’importantes dégradations sont notées aux niveaux ces ouvrages de protection.

La végétation sur le littoral de certaines plantes permet de retenir la terre lors des pluies et des eaux de ruissellements.

Aux Comores, tous les moyens de lutter contre l’érosion côtière doivent être pris en compte. L’urgence d’agir est sans délais et c’est ainsi que nous ferons quelques recommandations aux autorités publiques chargées des infrastructures et de l’environnement

Recommandations :

  • Chercher des fonds pour bâtir des barrières de protection du littoral (sur le littoral et en mer)
  • Renforcer et faire appliquer la loi contre l’extraction des matériaux côtiers.
  • Confisquer toutes les stocks des matériaux côtiers accumulés le longs des réseaux routières et surveiller 24h/24 les sites d’extractions au niveau national.
  • Lutter contre la pauvreté, en créant des emplois alternatifs.
  • Promouvoir une politique d’urbanisation harmonieuse avec le littoral.
  • Promouvoir les matériaux de constructions alternatives.
  • Créer ou installer des entreprises de concassages dans chaque région du pays, afin de répondre besoin de la population en matériaux de construction.
  • Mener des études approfondies sur l’érosion côtière afin de mieux adapter les mesures de protection.

Mots clés : impacts sur littoral, érosion côtière, Comores, extraction des matériaux côtiers, réchauffement climatique.

Copyright © Comores2016-2021.org. Cette note  peut être reproduite en totalité ou en partie, et sous n’importe quelle forme, à des fins éducatives ou non lucratives sans autorisation spéciale du propriétaire du copyright à condition que sa source soit mentionnée.

 

 

[1]     Référence sur : http://www.statistiques-mondiales.com/comores.htm

[2]  Référence sur : http://www.cnrs.fr/Cnrspresse/n400/pdf/n400rd06.pdf

[3]       Référence sur : http://www.institut-ocean.org/images/articles/documents/1335166854.pdf

[4]     Référence sur : http://www.comores-online.com/mwezinet/environnement/images/f000160.pdf

[5]  Référence sur : http://www.unep.org/NairobiConvention/docs/Comoros_National_State_of_Coast_Report.pdf

[6] Référence sur : http://www.unep.org/NairobiConvention/docs/Comoros_National_State_of_Coast_Report.pdf

[7] Référence sur : http://unfccc.int/resource/docs/natc/comnc1fres.pdf

1 Comment

  1. Mahamoud MOHAMED TOIHIR dit :

    Votre article est très intéressant et documenté. Cependant, je trouve dommage d’occulter le rôle prépondérant des forêt de mangrove dans l’attenuation de l’érosion côtière. Recréer ces forêts est une démarche durable que de construire des digues en béton.

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