Les maladies des mains sales aux Comores.

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Les maladies des mains sales aux Comores.

Par Daniel Fahad

L’objectif de cette note est de sensibiliser les populations aux conséquences dramatiques des maladies véhiculées par les mains sales, pouvant être évitées par des simples gestes d’hygiène et de changements de comportement.

Encore appelées maladies du péril fécal, elles correspondent à l’ensemble des maladies liées aux selles (excréments), nœud de la transmission. Elles se contractent après ingestion de leurs agents responsables soit directement ou indirectement (aliments et eaux souillées). Elles sont fréquentes dans les pays en voie de développement. Beaucoup d’entre elles, sévissent régulièrement aux Comores. Elles sont très souvent marquées par des troubles intestinaux (vomissements, diarrhées aigües, douleurs abdominales), qui rapidement peuvent être mortelle surtout chez les enfants et ou en cas d’un retard ou de mauvais prise en charge. Aux Comores, la prévalence de la diarrhée est  chez les enfants moins de 5 ans était  de 17 % en 2012 (EDSC-MICS II). Les infections oraux-fécales sont strictement humaines, l’homme est à la fois le réservoir et le disséminateur du germe. Leur transmission est régit par trois déterminants : le climat tropical propice à la prolifération des microbes, un assainissement insuffisant, les mauvaises conditions de vie et d’hygiène.

Des mesures pour lutter contre ces maladies oro-fécales ?

Notre réflexion portera d’abord sur une présentation des maladies oraux-fécales, suivie de leurs situation en Afrique, puis  leurs enjeux aux Comores et enfin nous ferons quelques recommandations.

Les mots clés: maladie du péril fécal, des mains sales, oraux-fécales, Comores, eau, hygiène.

Les maladies oraux-fécales.

Les maladies oraux-fécales sont des maladies liés aux excréments. Egalement nommées maladies du péril fécal, elles touchent surtout les enfants des pays pauvres et en développement. Ces maladies sont dues à des infections des micro-organismes nuisibles pour l’homme.

Ces infections impliquent des parasites (amibiase, giardiases, trichocéphales etc.), des bactéries (salmonellose, shigellose, choléra) et des virus (Virus à hépatite A, entéroviroses, rotavirus). Cependant une très grande partie de ces micro-organismes se retrouvent sur le sol, à la portée de tout le monde et dans l’organisme d’un porteur asymptomatique (personne ayant l’agent pathogène sans être malade).

L’homme se contamine soit par les aliments et les eaux de boissons souillées ou soit par ces propres mains. Les enfants se contaminent facilement en jouant dans des milieux insalubres. Ces derniers n’ayant pas lavé leurs mains, ils peuvent les introduire dans la bouche sans faire attention ou même lors des repas. Ces maladies restent très diverses.

Par exemple avec les salmonelloses (cas de la fièvre typhoïde), l’homme se contamine par la voie oraux-fécale après que les animaux, les volailles et les hommes porteurs asymptomatiques ont contaminé l’environnement et les aliments. Le dépôt des excréments sur le sol d’un porteur de l’agent pathogène (salmonella typhi) favorise sa dispersion dans l’environnement et donc la probabilité que l’homme se contamine. Après l’ingestion du germe, ce dernier traverse l’intestin et arrive dans les ganglions mésentériques où elle va se multiplier. Après un temps d’incubation, environ deux semaines, apparaissent les manifestations cliniques (céphalées, fièvres, diarrhée, vomissement,…). En absence de traitement, l’évolution peut être fatale surtout chez l’enfant.  Il faut noter l’existence des moyens de prévention allant d’un simple lavage des mains à  la lutter contre le péril fécal, au contrôle sanitaire des denrées alimentaires et au vaccin contre la fièvre typhoïde.

La poliomyélite[1], est une maladie très contagieuse due à un virus (poliovirus)  qui envahit le système nerveux pouvant entraîner une paralysie totale en quelques heures. Le virus se propage d’une personne à une autre principalement par la voie fécale-orale ou moins fréquemment par le biais d’un véhicule commun (eau ou aliments contaminés) et se multiplie dans l’intestin.

Un certain nombre d’affections parasitaires peuvent être contractées par la consommation d’aliments souilles. Les plus fréquentes sont l’amibiase et les giardiases. L’amibiase intestinale peut donner des troubles digestifs très sévères réalisant une véritable dysenterie, parfois responsable de l’abcès du foie. Les vers intestinaux tels ascaris, oxyures sont acquis par une contamination directe par les mains sales.

Ces maladies du péril fécal restent gravées de lourdes pertes en vie humaines. Les enfants[2] de moins de 5 ans sont les plus touchés avec 760 000 décès  par an, soit environ l’équivalent de la population comorienne. Ces maladies font l’objet d’épidémie chaque année dans les pays pauvres, d’autres restent endémiques. Certaines situations favorisent la transmission de ces maladies du péril fécal notamment le climat tropical, un assainissement insuffisant, les mauvaises conditions de vie et d’hygiène.

L’Afrique ayant à sa disposition tout ces éléments favorisants à l’endémicité de ces maladies, il convient de nous interroger sur les conséquences de ces maladies sur notre continent…

La situation des maladies des mains sales en Afrique.

L’Afrique étant le contient situé en plein zone tropicale, il demeure le foyer de nombreuses maladies tropicales, parmi lesquelles les maladies du péril fécal, qui sont très représentées.  Les maladies[3] des mains sales, tuent chaque année près de 6 millions d’enfants en Afrique. Ces dernières peuvent être évitée facilement grâce à l’adoption de bonnes pratiques d’hygiène, notamment le lavage régulier des mains avec de l’eau et du savon. Beaucoup de ces maladies font l’objet de plusieurs épidémies chaque année en Afrique.

Le climat africain marqué par la chaleur et l’humidité  reste particulièrement propice au développement rapide de microbes. En Afrique la proximité d’animaux vivant avec les êtres humains favorise le passage d’un agent pathogène de l’animal à l’homme. De plus, l’hygiène de vie n’est pas optimale et beaucoup de pays africains[4] connaissent encore des guerres civiles qui entraînent les populations (Somalie, Soudan du sud, Burundi, RDC,…) sur les routes et dans les camps des réfugiés, là ou l’hygiène est inexistante.

L’Afrique connaît toujours des épidémies de fièvre jaune, de cholera, de poliomyélite, gastro-entérite… . On peut citer le cas du choléra[5] en Tanzanie en novembre 2015 avec au moins 9871 cas déclarés et 150 décès auprès de l’OMS. En 2011, le ministre de santé  de la RDC dans une émission déclare « Les grandes épidémies de cholera, de poliomyélite et de fièvre typhoïde qui ont secoué la République Démocratique du Congo (RDC) au cours de l’année 2011 ont des dénominateurs communs que sont le manque d’hygiène et l’inaccessibilité à l’eau potable d’une partie de la population ». Le Tchad a connu une importante épidémie[6] de polio suite à de multiples importations de poliovirus, notamment du Nigeria. En août 2008, le Tchad avait enregistré 12 cas.

En Afrique, il y a un réel défaut en matière de surveillance d’épidémies, ce qui favorise la propagation de ces maladies entre les régions, voire entre les pays frontaliers, facilitant le transporte de la même souche de l’agent pathogène  d’un foyer à une autre.  Selon Renaud Piarroux médecin et spécialiste de l’épidémiologie du choléra, toutes les épidémies[7] de choléra qui frappent l’humanité actuellement sont connectées. Localement, elles ne sont pas apparues à partir des bactéries de l’environnement, mais ont été transportées d’un foyer à l’autre par les déplacements de l’homme. Quelle situation pour un pays isolé géographiquement comme les Comores ?

Les maladies du péril fécales : quels enjeux aux Comores ?

Un nombre assez important des maladies des mains sales sont endémiques aux Comores comme dans beaucoup de pays africains. L’archipel des Comores étant situé entre l’équateur et le tropique sud, elle remplit les conditions de survies de nombreux microbes responsables du péril fécal.

L’assainissement aux Comores est très limité cela même dans les milieux urbains. Les zones rurales restent cependant très largement sous assainis. L’insuffisant d’assainissement dans ce pays insulaire demeure un indicateur de la pauvreté, du manque d’infrastructure d’approvisionnement eneau, manque d’assainissement dans les milieux résidentielles… Selon FMI en 2015, le produit intérieur brut comoriens était 736.8 dollars/habitant. L’incidence de la pauvreté est beaucoup plus élève en milieu rural avec 78.8% contre 21.2% en milieu urbain.

Aux Comores le choléra, la poliomyélite, la fièvre typhoïde, les hépatites A et E, les gastro-entérites aigue, des flambés d’épidémies sont à craindre dans un petit Etat qui compte moins de 800000 habitants. En 2007[8] aux Comores, 1558 cas de choléra et 29 décès ont été notifiés auprès l’OMS. Les maladies des mains sales font des victimes non négligeables à l’échelle nationale en dehors des épidémies déclarées. Aussi bien le manque d’une  documentation récente sur ces dernières, il convient de rappeler que dans les hôpitaux comoriens, il n’y a pas de recherche systématique de l’agent pathogène. En plus certains de ces hôpitaux ne sont même pas en mesure de faire un examen parasitologique des selles pouvant mettre en évidence les agents pathogènes possible dans les selles.

La prévalence de la diarrhée chez les enfants de moins de cinq ans aux Comores est de 17 %. Elle varie avec le milieu de résidence, en particulier dans le milieu urbain, de 11 % à Moroni à 18 % dans les autres villes. Ndzuwani est la plus représentative avec 19 % contre, 14 % à Mwali et Ngazidja. La liaison des maladies diarrhéique avec l’eau comme vecteur de transmission est extrême.

Les problèmes d’eau aux Comores restent un handicape majeur sociale et sanitaire. Il était documenté (EDSC-MICS II – 2012) que  près d’un quart des ménages comoriens n’ont ni d’eau, ni savon ni un autre produit nettoyant (24 %). La lutte contre le péril fécal passe systématiquement par des bonnes mesures d’hygiènes individuelles et collectives. Et toutes ces mesures d’hygiène sont centrées autour de l’eau, essentiellement par l’accès à de l’eau potable. L’eau étant synonyme de la vie, la bonne qualité de l’eau est également  une condition pour une meilleure vie du point de vue sanitaire. L’eau des boissons consommée par les populations, l’eau pour nettoyer et préparer les aliments. Les risques[9] sanitaires liés à la qualité de l’eau, souvent impropre à la consommation, sont importants du fait de la vétusté des réseaux, des sources non aménagées, de l’absence de traitement ou encore de la salinisation de la nappe par intrusion de l’eau de mer (problématique spécifique à la Grande Comore). L’absence de politique d’assainissement et de traitement des déchets aux Comores entraine des conséquences environnementales et sanitaires importantes.

La prévention étant la meilleure mesure sanitaire à entreprendre auprès des populations, il est donc très important de contrôler la qualité des aliments consommés et vacciner le maximum des populations surtout les enfants contre ces maladies. Certaines de ces maladies n’ayant pas de vaccin connu à ce jour, il faut y mettre toujours l’accent sur les mesures d’hygiène à commencer par le lavage des mains régulièrement. Toutefois le vaccin reste un moyen très efficace surtout qu’il peut  conférer à l’enfant une protection à vie. Aux Comores, le vaccin contre la poliomyélite varie selon la dose : 87 % des enfants de 12-23 mois ont reçu la première dose de polio mais cette proportion diminue ensuite avec les doses et seulement 71 % des enfants ont reçu les trois doses de polio, or il n’existe pas de traitement à cette maladie. La couverture vaccinale comorienne à l’exception de la polio, elle ne prend pas en charge les autres vaccins contre les maladies des mains sales. Il est donc évident que les populations usent des mesures hygiéniques tant collectives qu’individuelle pour se protéger de très probable épidémie de ces maladies.

En somme, les maladies des mains sales restent un problème de santé publique aux Comores. Ayant tout les conditions de survies, les microbes responsables de ces affections demeurent présents dans l’environnement. Les conditions d’hygiène précaires entretiennent la pérennité de ces fléaux autour des populations. La couverture vaccinale comorienne ne prenant en charge que la polio, les populations ne sont pas vaccinées contre les autres maladies. Ainsi nous ferons quelques recommandations aux autorités sanitaires comoriennes.

Recommandations :

  • Sensibiliser les populations sur les maladies des mains sales.
  • Eduquer les populations aux simples mesures d’hygiène tel que : le lavage régulier des mains, la construction et l’utilisation des latrines,
  • Eviter le contact avec les animaux même domestique surtout s’ils ne sont pas traités,
  • Dépister et traitement les personnes asymptomatiques.
  • Equiper dans l’urgence au moins les hôpitaux de références et les centres médico-chirurgicaux les équipements et matériels pouvant permettre de faire des examens selles (coproculture).
  • Faire des recherches médicales sur ces maladies dans l’ensemble du pays.
  • Elargir dans la mesure du possible la couverture vaccinale autre maladies du péril fécal.
  • Contrôler les denrées alimentaires et renforcer la surveillance épidémiologique.
  • Equiper les populations des infrastructures d’approvisionnements en eau potable.
  • Aménager les sources et les réseaux de distributions d’eaux existants.
  • Construire dans les milieux urbains des infrastructures d’évacuation des eaux usés.
  • Lutter contre la précarité des populations aux Comores.
  • Trouver des nouveaux sites de Forage à l’intérieur de la Grande Comore afin d’assurer l’approvisionnement en eau potable vers les villes et villages côtières.

[1] Référence sur : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs114/fr/

[2] Référence sur : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs330/fr/

[3] Référence sur : http://fr.allafrica.com/stories/201410200537.html

[4] Référence sur : https://perso.helmo.be/jamin/euxaussi/sante/afrique.html

[5] Référence sur : http://www.who.int/csr/don/26-november-2015-cholera-tanzania/fr/

[6] Référence sur : http://www.who.int/diseasecontrol_emergencies/chad_20091214.pdf

[7] Référence sur : http://ideas4development.org/maitriser-les-maladies-liees-leau-cest-loin-detre-gagne/

[8] Référence sur : http://www.unicef.org/wcaro/03-02_WHO_Presentation-Afrique.pdf

[9] Référence sur : http://www.pseau.org/outils/ouvrages/ps_eau_fiche_pays_union_comores_2015.pdf

1 Comment

  1. Ahamed dit :

    Merci pour cet article qui va l’encontre du dicton idiot qui dit que le comorien ne meurt pas à cause des microbes. Aujourd’hui nous savons que ce n’est pas vrai.
    Comment faire pour que cet article soit lu par l’ensemble des instituteurs des Comores?

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