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Où sont les femmes dans la politique aux Comores?

Par H.M.Karizombo

« Les partis politiques ne peuvent pas choisir une femme juste parce que c’en est une ».

Légalement, la femme comorienne n’a rien à envier à son « homologue » masculin. Elle dispose des mêmes droits et devoirs que l’homme. Est même considérée comme «  chanceuse » comparativement à ses sœurs issues du continent. Etrangement, malgré «ces acquis », elle reste invisible. Se tient éloignée des joutes verbales, ne s’impose pas, en tout cas dans leur grande majorité. En 41 ans d’indépendance, les Comores  n’auront  eu  qu’une dizaine de ministres-femmes, 3 députées et  2  candidates aux élections présidentielles.

«  Comment le directeur général peut seulement recruter une femme pour occuper un tel poste ? Les femmes sont souvent malades, demandent 3 mois de congé pour des grossesses et autres accouchements et quand ce n’est pas le cas, elles ont des règles douloureuses tous les mois ».  Ce propos a été tenu par une femme travaillant avec ledit directeur (d’une société d’Etat) ; elle a cru bon d’ajouter : «  si cela ne tenait qu’à moi, il n’y aurait pas des femmes (…)  aux postes à responsabilité ».

Cas isolé ? Pas si sûr. Cette idée est généralement adoptée (une fois n’est pas coutume) par les 2 sexes.  Le nouveau régime investi le 26 mai n’aura pas arrangé les choses. Il n’y aura en tout et pour tout qu’une femme,  « même pas ministre, mais secrétaire d’Etat en charge du tourisme ».

Et pourtant…En 2013, la Fondation Thomson Reuter plaçait les Comores en tête  dans une étude (controversée à cause justement des méthodes utilisées pour la réaliser) pour les droits des femmes dans les pays arabes. Loin devant le Maroc, la Tunisie, etc. Pour parler du cas de la Tunisie par exemple,  le quart des parlementaires sont des femmes quand aux Comores on n’en compte qu’une, Hadjira Oumouri, sur les 33 que compte l’Assemblée Nationale.

En 41 ans d’indépendance, le pays n’aura eu qu’une dizaine de ministres-femmes, 3 députées et   2  candidates aux élections présidentielles.

Justement, après la formation du premier gouvernement Azali, pour étouffer les quelques cris d’indignation suscités par l’absence de femme disposant d’un  portefeuille ministériel,  certaines âmes bien pensantes ont cru bon de brandir « l’absence de bilan positif des femmes ayant occupé des postes de  décision ». On pourrait dire la même chose de l’homme.  La femme ne demande rien d’autre que d’être l’égale de l’homme, dans la médiocrité comme dans l’excellence. Encore faudrait-il qu’elles le veuillent…

Ralia Abdou Dafine, militante infatigable dès sa prime jeunesse  (elle a d’ailleurs  été candidate aux législatives de 1991)  a   joué un rôle essentiel pour l’élection de son ex président (de Ngazidja) de mari. L’ancienne directrice de l’Office de la Radio et Télévision des Comores estime que  « si  on veut bien que les femmes aient des prérogatives,  on n’aime cependant  pas les voir en avant, dans la lumière. Quand elle milite, et interagit avec le milieu en étant visible  et en réagissant « comme  un homme », elle est stigmatisée, mise à l’écart aussi bien par les hommes  que par ceux de son sexe.

A l’en croire, on lui demande donc  d’être compétente mais  de ne pas trop se faire voir.

Pour rappel,  le prédécesseur d’Azali Assoumani a nommé des femmes à des postes de décision. Quelques unes. Mais force est de constater que la grande majorité de ces femmes, une fois limogée, disparaît des écrans radars. Etre  une femme ministre ne veut pas toujours dire être une femme politique. Loin de là.

En fait, les obstacles qu’elle doit surmonter sont nombreux. Même s’il convient de préciser que du point de vu légal, elle dispose des mêmes droits et devoirs que l’homme. Les causes sont  donc à chercher ailleurs. Même s’il apparaît que la principale cause, c’est … elle-même. En tout cas  si on suit le raisonnement de Ali Mohamed, actuel secrétaire général du ministère des Affaires Etrangères.

Ainsi, ce dernier,  alors qu’il  avait remplacé provisoirement Hamidou Karihila (actuel secrétaire d’Etat chargé du Monde Arabe)  au poste de secrétaire général de la Convention pour le Renouveau des Comores (Crc) lors des dernières présidentielles et gubernatoriales,  avait dans les colonnes d’Al-watwan du 14 décembre 2015, dit ceci : «  cette absence de l’autre genre n’est rien d’autre qu’un déficit d’émancipation bien que rien de légal ne l’empêche de se présenter ».  Est-ce pour cette raison que l’actuel président (issu de sa formation politique) n’a nommé aucune femme ministre ?

Plus loin, le secrétaire général de la Crc ajoutera : « elles n’ont pas atteint le niveau qui pourrait les rendre compétitives, peu sont celles qui s’expriment ou se lancent ».  Ailleurs ce propos aurait provoqué un tollé. Ici, il est passé inaperçu, peut-être parce qu’au fond, il a raison.  Enfin, nous parlons d’un pays où un candidat à la vice-présidence lors des dernières élections,  lors d’un discours dans le nord de Ngazidja, a déclaré «  que dans maximum 2 années, le pays fournira en continu de l’électricité afin que les femmes puissent regarder leurs séries » sans que cela émeuve grand-monde. Il a même eu droit à une salve d’applaudissements de la part des femmes en question.

Toujours est –il que selon Ali Mohamed : «  les femmes parlent encore et encore mais ne s’activent pas beaucoup alors que les partis politiques ne peuvent pas choisir une femme juste parce que c’en est une ».

A-t-il raison ? Le pouvoir ne s’offre pas (sauf exception)  mais se conquiert. Les obstacles (qui ne sont donc pas d’ordre juridiques) sont légions mais sont principalement d’ordre socio-culturels. Il est vrai que les lois peuvent passer plus facilement que les pratiques culturelles et traditionnelles…

Nadia Tourqui qui a longtemps travaillé dans le système des Nations Unies estime quant à elle que : « dans un système où la compétence n’est pas un critère de sélection mais plutôt la capacité à se plier aux desiderata du chef sans discuter, la capacité à flatter l’ego et à donner des accolades au bon moment, les femmes sont forcément moins rodées que les hommes à jouer les contorsionnistes pour obtenir des postes ». «  Les femmes (comme les hommes) qui ont de la personnalité, qui savent ce qu’elles valent ne peuvent par conséquent pas s’abaisser à ce genre de pratiques », prendra-t-elle le soin de préciser.

Ralia Abdou Dafine , elle,  va plus loin : «  pour obtenir un poste, un homme peut envoyer des délégations villageoises négocier avec ‘le chef’ ».  Les délégations en question étant souvent composées de notables… Et surtout : « nous n’avons pas réussi à institutionnaliser la notion de notabilité féminine. Nous ne nous faisons   pas soutenir par les femmes  comme nous. On ne joue pas le jeu ».

Il est utile de préciser ce qu’est un notable dans le sens comorien du terme. Est notable toute personne qui a contracté le grand-mariage *. Mais bien que celui-ci se fasse généralement à 2 (un homme et une femme), seul l’homme a le droit d’user« du prédicat de notable ».

Résultat des courses : les femmes, dans leur grande majorité aux Comores, ne s’imposent pas. Non seulement elles n’envoient pas des délégations de notables pour plaider leur cause, mais  ne savent pas jouer des coudes, ne sont pas expertes dans «  le cirage des pompes ».  Même celles qui sortent du lot restent à l’arrière des arènes. Elles se tiennent éloignées des empoignades verbales, du débat. Dans les meetings, elles sont placées derrière les hommes. Et celles (plus chanceuses) qui sont sur l’estrade, se contentent de s’éventer… Cette attitude peut pousser à croire qu’elles attendent des hommes qu’ils leur offrent un bout de leur pouvoir sur un plateau d’argent ou qu’ils leur tendent le micro.  Ce qui équivaut sensiblement à la même chose.

Il y a sans doute un long chemin à faire avant que la femme comorienne ne prenne le taureau par les cornes. Un long chemin avant que, pour paraphraser le Dr. Clarice NkosazanaDlaminiZuma, présidente de la commission de l’Union Africaine , féministe qui n’est plus à présenter«  que l’on rapporte ce qu’une femme qui prend la parole a dit au lieu de juste souligner le fait qu’elle se soit mise debout».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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