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Sécurité transfusionnelle aux Comores, un objectif de santé publique urgent

Par Daniel Ben Ali FAHAD, étudiant en médecine

La sécurité du système de transfusion sanguine aux Comores demeure extrêmement préoccupante. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) désigne ce problème comme une préoccupation majeure de santé publique. Il fut recommandé à tous les pays membres de l’OMS de l’intégrer dans leurs politiques sanitaires nationaux. La sécurité transfusionnelle est l’ensemble des mesures visant à éliminer les risques liés à la transfusion.

L’absence d’infrastructure, la faible qualification du personnel sanitaire exposent les patients à des risques réels de transmission d’infection grave. De plus, le manque de politique intégrée expose le pays à des pénuries chroniques.

La sécurité transfusionnelle à t- elle un impact sur les populations ?

Où en est-on avec le système de la transfusion sanguine aux Comores ?

La sécurité transfusionnelle au niveau mondial.

La sécurité transfusionnelle concerne toutes les étapes de la chaîne de transfusion qui va du donneur au receveur et à son suivi post-transfusionnel[1]. Elle repose sur les différentes stratégies qui vont de la sélection du donneur à l’utilisation rationnelle des produits sanguins. Toutes les activités[2] relatives à la collecte du sang, au dépistage, au traitement, au stockage et à la distribution de celui-ci doivent être coordonnées au niveau national grâce à une organisation efficace et à des réseaux d’approvisionnement intégrés. La transfusion sanguine sauve des vies et améliore la santé, mais bon nombre de patients qui en ont besoin n’ont pas accès en temps voulu à un sang sécurisé. Chaque jour, près de 800 femmes meurent de complications de la grossesse ou de l’accouchement. Pratiquement tous ces décès surviennent dans des pays en développement, plus de la moitié en Afrique subsaharienne[3].

Au niveau mondial, 30% des donneurs de sang sont des femmes, bien que ces proportions varient considérablement d’un pays à un autre. Dans les pays à revenu faible ou moyen, les jeunes sont proportionnellement plus nombreux à donner leurs sangs que dans les pays à revenu élevé, soit 78% des dons sont faits par des gens âgés entre 18 et 44 ans.

L’OMS recommande un dépistage systématique des infections dans tous les dons de sang avant leur utilisation. Il devrait être obligatoire pour le VIH, l’hépatite B, l’hépatite C et la syphilis.

Dans les pays à revenu élevé, la prévalence des infections à transmission transfusionnelle a considérablement diminué.  Dans les pays à revenu faible ou moyen les chiffres restent préoccupants. En 2006, environ 15% des poches de sang prélevées au Sénégal ont été jetées[4]. L’infection la plus courante est l’hépatite B, qui est dépistée dans 12% des poches, l’hépatite C dans 0,4%, ainsi que la syphilis et le VIH, qui représentent chacun 0,3 % des lots.

Plusieurs disciplines de la médecine comme l’hématologie, l’immunologie et autres interviennent  lors de dépistage, de traitement ou préparation  de produits sanguin.

Les ressources humaines qualifiées, les infrastructures et les équipements adéquats pour la sécurité transfusionnelle sont aussi primordiaux comme le don de sang. Le sang recueilli dans un anticoagulant peut être stocké et transfusé à un patient tel quel. C’est une transfusion de «sang total». Toutefois, le sang peut être utilisé plus efficacement s’il est fractionné en ses différents constituants, tels que concentrés de globules rouges, concentrés de plaquettes ou plasma. De cette façon, il est possible de répondre aux besoins de plusieurs malades. Les pays notamment africains à faible revenu rencontrent des difficultés pour fournir aux patients les différents constituants sanguins dont ils ont besoin: 45% du sang collecté dans ces pays est fractionné, contre 80% dans les pays à revenu moyen et 95% dans les pays à revenu élevé. Exemple au Sénégal cette séparation est insuffisante. Seulement  22 %du sang est séparé. La durée de conservation de ces produits sanguins est limitée[5] de quelques jours à un an.

Le stockage et la redistribution des dons ou de produits sanguins après traitement se fait souvent par les banques de sangs. Cette dernière aura la charge de la gestion rationnelle des stocks auprès des unités médicales à chaque besoin.

Il existe deux obstacles majeurs à la sécurité transfusionnelle : l’insuffisance des ressources et le manque d’accès aux technologies appropriées. L’OMS recommande que tous les pays se dotent de structures de transfusion chargées d’appliquer la politique et les directives nationales sur l’usage rationnel du sang dans les hôpitaux. Les Etats doivent également se munir de système national d’hémovigilance chargé de suivre et d’améliorer la sécurité du processus transfusionnel[6].

L’absence de système de transfusion aux Comores.

Bien que les besoins en sang se fassent sentir au niveau des centres hospitaliers, le système demeure défectueux. Chaque centre hospitalier s’organise comme il peut. Malgré les recommandations de l’OMS, notre pays[7] reste jusqu’à présent sans centre national de transfusion sanguine (CNTS), qui pourrait mener, définir, réglementer   une politique nationale en matière de sécurité de la transfusion sanguine.

Le centre hospitalier de référence l’El Maarouf dispose dans son laboratoire, une banque de sangs dont les capacités[8] de stockage sont largement limitées à 70 poches de sang pour une population estimée à environ 752 438 personnes[9] en 2014. Il faut noter que seule l’association comorienne des donneurs de sangs (acds) sensibilise la population à la grande Comores sur les dons de sangs malgré leurs maigres moyens.

La banque de sangs du centre hospitalier régionale de Hombo à Anjouan est confrontée à des ruptures fréquentes de stocks de sang. Si bien que dans certains cas d’urgence on est obligé de faire appel à un membre de famille.

Il est important de souligner le manque de données sur la transfusion sanguine aux Comores. Ce qui rend difficile toute planification de politique nationale de transfusion. L’accessibilité de quelques données sur les quelques banques de sangs créées par les centres hospitaliers reste réduite, ce qui expliquerait leurs inexploitations.

Recommandations : 

Nous proposons au ministère de la Santé, de la Solidarité et de la Promotion du Genre de mettre en place un plan stratégique pour sécuriser le système de transfusion sanguine qui est également un objectif du millénaire pour le développement. Il s’agit d’assurer l’accès universel à du sang et à des produits sanguins sécurisés.

 Les objectifs stratégiques : 

  • La création d’un centre national de transfusion sanguine afin de mener, de définir, d’encourager, de sécuriser, de réglementer la politique nationale sur la transfusion.
  • La création des centres régionaux de transfusion sanguine pour mener la politique nationale dans les zones périphériques.
  • La formation et le recyclage du personnel médical.
  • La dotation des infrastructures et des équipements technologiques appropriés.
  • La gestion rationnelle, automne et éthique pour parvenir à l’autosuffisance.
  • Promouvoir les dons de sangs sur l’ensemble des couches sociales.
  • Sensibiliser davantage les femmes sur les dons de sang.
  • Mener des études sur la transfusion sanguine sur l’ensemble du pays pour mieux comprendre les besoins afin de mieux la sécuriser.

 

Daniel Ben Ali FAHAD


 

[1]
[1] Référence, accessible sur : https://www.google.sn/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=2&cad=rja&uact=8&ved=0CCMQFjABahUKEwjo3MWd8ODHAhUFChoKHSbYCxU&url=http%3A%2F%2Fwww.labquality.be%2Fdocuments%2FANALYSIS%2FBLOOD%2520TRANSFUSION%2FRDC_CNTS%2520Module%2520de%2520Formation%2520Transfusion%2520%5BFr%5D.doc&usg=AFQjCNGpK6IrSzTiMWCjKH3kV82RUH5HNg&sig2=6n2lP07OiR7HFVexCYUPwg

[2]
[2] Selon L’OMS Aide-mémoire N°279 Juin 2015 accessible sur : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs279/fr .
[3]
[3] Référence : http://www.who.int/campaigns/world-blood-donor-day/2014/event/fr

[4]
[4] Nous ne possédons pas les données pour les Comores.

[5]
[5] Documentation  sur effets de la durée de conservation du sang  accessible sur : http://www.precisdanesthesiecardiaque.ch/chapitre28/Effetsdeladuree.html
[6]
[6] Documentation  sur Transfusion sanguine et produits dérivés du sang indications, complications. Hémovigilance accessible sur : http://www.med.univ-montp1.fr/enseignement/cycle_2/MIB/ECN/Hemato/178_UMVF-TransfusionSanguine.pdf .

[7]
[7] Renseignement avec un Contact membre de l’acds.

[8]
[8] Documentation sur la transfusion sanguine à El Maarouf  accessible sur : http://www.alwatwan.net/v2/index.php?home=actu.php&title=Transfusion-sanguine-A-El-Maarouf-La-banque-de-sang-ne-peut-conserver-que-70-poches&actu_id=6666

[9]
[9] Documentation sur l’atlas mondiale des données aux Comores  accessible sur :  http://knoema.fr/atlas/Comores/Population?utm_expid=42012176-33.S2Sl-JDbSL2xRYLTb5x9bw.0

4 Comments

  1. ahamed dit :

    Cher Fahad, je suis curieux de savoir comment encourager le don de sang en l’absence de sécurité transfusionnelle.
    Par ailleurs,pourquoi encourager uniquement les femmes.
    Merci de nous aider à comprendre?
    Encore bon courage pour ces contributions.

    • FAHAD dit :

      Cher Ahamed Dans un 1er temps vous devrez comprendre qu’en absence même de dons de sang c’est déjà l’insécurité transfusionnelle. A tout moment un patient peut être dans le besoin d’être transfuser en urgence par exemple, lors d’un accident de la voir publique. En plus on ne peut pas sécurise la transfusion si on n’a pas des dons de sang. En effet les encouragements ne doivent pas se limiter aux dons uniquement, mais plutôt se poursuivre également dans toutes les étapes de la chaîne de transfusion, en s’assurant d’une bonne formation ou recyclage des acteurs intervenant dans ces étapes et de l’utilité du don, car la sécurité débute à partir du don de sang. Donc sensibiliser les gens à faire des dons de sang à chaque occasion ou dans les différentes manifestations serait déjà un grand pas.

    • FAHAD dit :

      Mr Ahamed pour votre 2ième question: Il faut encourage tout monde (homme et femme) à faire les dons de sang, de tout les souches sociales (riche comme pauvre) sur toute l’ensemble du territoire et surtout mettre l’accent sur les femmes car selon l’Oms au niveau mondiale seulement 30% des donneurs de sang sont des femmes (c’est-à-dire que sur 10 personnes qui donne leurs sang 3 personnes seulement sont des femmes et les 7 personnes restant sont des hommes). Il faut note que une très grande partie de ces dons est utilise surtout pour les enfants et les femmes notamment lors des accouchements en cas d’hémorragie… donc il est raisonnable que les femmes contribuent plus sur les dons de sang quand elles peuvent bien sûr pour leurs sécurités dans un 1er temps.

  2. FAHAD dit :

    Mr Ahamed j’espère que j’ai pu répondre à vos questions. s’il en a d’autres je suis toujours disponible. En tout cas « votre sang peut sauver des vies »

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